Abandon.

Publié le par Gabonia Maria Madeus

Des cheveux roux virevoltaient dans le vent. Les lumières de la ville restaient floues derrière toi. Tu pleurais.

Je crois que tu pleurais sincèrement. Comme si c'était ta dernière chance de pleurer. Comme si c'était ta dernière chance de te libérer. Les larmes coulaient sans relâche sur tes joues, mais tu avais ce petit sourire empli d'espoir. Tes yeux larmoyants souriaient comme s'ils ne connaissaient pas la tristesse. Tu pleurais. Pas de joie ni de désespoir, mais tu pleurais.

Tu murmurais quelques mots. Ce n'étaient pas des mots joyeux, mais ils n'étaient pas malheureux non plus. Cela semblait seulement rempli d'espoir. Tu les murmurais de temps en temps. Ce n'était pas un flot de paroles qu'il aurait fallu stopper, et cela paraissait te faire du bien. Tu semblais perturbée, prête à craquer à n'importe quel moment. Il m'était impossible de savoir ce qu'il se passait en toi.

 

    Est-ce que tu vas rester, Ian ? J'ai rangé toutes les affaires...

 

Tu avais l'air d'en attendre beaucoup de moi, et je ne savais pas du tout quoi faire pour toi. Tu semblais hypnotisée par quelque chose dont je ne savais rien. Tu te contentais de regarder le mur, ce mur nu sans cadres et sans photos. Je ne savais pas ce que tu avais prévu, mais une chose était sûre : tu attendais quelque chose de moi, ce soir.

Tu disais avoir rangé les affaires. Je ne savais pas encore de quoi tu parlais. Je ne comprenais pas ce que tu voulais que je fasse pour toi. Et tu continuais de pleurer, comme si tout le malheur du monde t'était tombé dessus.

 

    Ce n'est rien si je me retrouve seule...

 

La peur s'emparait de toi. Il me semblait que tu ne faisais plus que pleurer, maintenant. Tu paniquais comme si quelque chose s'était passé, comme si s'il y avait eu un déclic au plus profond de ton être.

Quelques cheveux roux étaient collés sur ton visage, et tenaient sur tes joues grâce aux larmes qui avaient humidifié ton visage. Au loin, les lumières de la ville éclairaient vaguement ton visage, et je voyais ton expression se modifier. Tes yeux semblaient maintenant tristes, et tu ne pleurais plus sans raison. Quelque chose avait changé dans ton regard, dans ta façon de regarder es alentours. Ta façon de détailler les arbres dénudés, d'observer calmement le vent secouer ces arbres, ta façon de regarder dans le lointain, comme si tu y cherchais quelque chose...

Que cherchais-tu, d'ailleurs ? Quelques ombres perdues dans l'obscurité ? Un soupçon de tendresse emporté par le vent ? Il me semblait que tes yeux cherchaient dans le vide, car tu n'avais pas l'air de voir quoi que ce soit. Tu aurais pu voir la beauté du coucher de soleil quelques heures plus tôt, observer le vol majestueux de la chouette qui venait de se poser dans un arbre non loin de nous... Tu aurais pu voir mes yeux fixés sur toi, et ma tendresse, ma terrible tendresse. Mais il y avait de la place seulement pour les larmes et les soupirs fatigués dans ta vie, comme si un rien était triste, et comme si tout était bientôt mort.

 

    C'est long, la vie... Est-ce que tu vas rester ?

 

Tu as tourné la tête vers moi, tes deux prunelles vertes fixées sur moi. Encore une fois, quelque chose avait changé en toi. De l'espoir tu étais passée à une tristesse profonde, et de celle-ci tu étais passée à quelque chose qui ressemblait à la rage. Tes yeux étaient remplis de colère, mêlée à une tristesse infinie. Qu'est-ce qui ne va pas, chez toi ?

 

    J'ai rangé toutes les affaires, tu sais.

 

Je t'ai alors demandé de quelles affaires tu parlais et, les yeux toujours remplis de colère, tu m'as répondu en souriant malgré tout que tu parlais seulement de tes affaires. Je ne comprenais pas pourquoi tu me disais avoir rangé tes affaires. Il me semblait, alors, que cela n'avait aucune importance. Tu as détourné la tête, pour replonger tes yeux dans le néant qui s'offrait à nous.

Tu as recommencé à pleurer, et le vent s'est levé, chassant les cheveux de ton visage. Ce dernier était déformé par la douleur et la tristesse. Tu as commencé à parler du bonheur que tu ressentais quand tu faisais quelque chose de mal, quelque chose que tu savais pertinemment être quelque chose de nocif. Mon cœur a tressauté, et j'ai commencé à comprendre quelques morceaux de toi, en te regardant pleurer encore.

 

    Ian... Toi, tu vas rester...

 

Tu ne posais plus de questions. Tu semblais sûre que j'allais rester, et je ne savais pas vraiment de quoi tu parlais, à ce moment là. Je me disais que tu voulais simplement avoir de la compagnie, ce soir, même si tout me semblait différent. Même si tu avais l'air de t'éloigner lentement de moi, de partir ailleurs, dans un curieux lointain. Nous étions déjà si loin l'un de l'autre, me semble t-il...

Tu disais qu'il y avait beaucoup de choses qui ne fonctionnaient pas, beaucoup trop d'amour qui ne servait jamais à rien, trop de boue dans les chemins, trop de foudre pendant l'orage, trop de rien à foutre dans les parages... Tu disais qu'il te fallait trop de forces pour mettre un pied devant l'autre, qu'il ne faisait pas assez jour et que tu n'avais jamais les idées assez claires. Tu disais qu'aucun cerf-volant de volait assez haut, et que tu étais descendue trop bas pour remontrer même la plus petite pente qui puisse exister. Tu m'as regardé et tu as dit qu'il y avait trop de souvenirs heureux, et pas assez de présent agréable.

 

    Mais moi, je ne reste pas.

 

Ca avait l'air de te faire tellement plaisir de ne pas rester. Je me demandais où tu allais aller, seule. Quand je t'ai posé la question, tu as d'abord évité d'y répondre. Je ne le comprenais pas, mais je savais déjà que tu préparais quelque chose.

Tu m'as répondu que tu avais rangé tes affaires pour une raison. Que tu savais ce que tu faisais. Tu m'as dit que tu projetais de voyager bientôt, que tu espérais voir de magnifiques endroits, aussi lumineux que les beaux matins d'été. Tu te préparais à voir des milliers de papillons et d'oiseaux exotiques voler dans les airs, autour de toi, et tu te voyais déjà découvrir un autre monde. Tu pensais qu'une vie entourée de gens sans intérêt ne valait sans doute pas mieux qu'une mort dans la solitude d'un soir d'hiver. Tu pensais qu'il ne fallait pas rester. Tu m'as dit que tes battements de cœurs étaient trop faibles pour te faire sentir quoi que ce soit. Que l'excitation t'avait quittée il y a bien longtemps, et que tu ne pouvais pas attendre encore, que tu préférais fuir, et que c'était pour cela que tu avais rangé tes affaires. Parce qu'il valait mieux faire naître une étoile à partir du néant, plutôt que d'y vivre constamment.

Tu m'as regardé dans les yeux et tu as souri. Ton sourire était triste, et tes yeux mouraient peu à peu, devant moi. Tu m'as expliqué que la solitude n'avait rien de triste. Que ceux qui nous entourent ne restent jamais et qu'il ne sert à rien de s'y attacher. Tu m'as dit qu'il valait mieux regarder les étoiles dans le ciel et se sentir tout petit, plutôt que de regarder les mortels orgueilleux mentir jour et nuit. Parce que les étoiles étaient belles et qu'elles ne mentaient pas. Tu as dit qu'être seule était un cadeau. Parce que tous ceux qui s'aiment souffrent un jour. Quand on sépare ceux qui s'aiment, c'est comme si la vie les quittait, m'as-tu expliqué. Tu as dit que tu avais toujours préféré rester seule dans ton cocon, lire et regarder les étoiles, et que tu évitais ainsi à quiconque de souffrir à cause de toi.

 

    On est toujours tout seul...

 

En réalité, je crois que la seule personne que tu voulais protéger, c'était toi-même. C'était seulement toi contre les autres. Toi seule contre la beauté des jours heureux, toi contre l'air pur que l'on respire à pleins poumons, toi contre l'amour sans raison, toi contre les mains tendues, toi contre la tendresse inattendue... C'était toi contre le monde. Seulement toi contre le reste.

Tu m'as dit que la vie était trop longue. Que tout s'en allait, filait avec le temps, comme du sable qui file entre nos doigts, comme des feuilles qui s'en vont avec le vent, comme la neige qui fond avec le printemps... Tu as dit que tout devait s'en aller un jour, que tout s'échappait sans raison, que tout s'envolait à un moment ou à un autre.

Et qu'il n'est pas une étoile qui fut un jour autre chose qu'une vie fuyante...

Publié dans Nouvelles

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article