Lettres à Elise...

Publié le par Gabonia Maria Madeus

(Note : Ce texte a été rédigé en écoutant La Lettre à Elise, le "S" ajouté dans le titre est voulu et j'espère que vous en comprendrez les raisons dans ce qui suit. Tout cela m'a été inspiré d'un documentaire génial vu sur arte : "Découverte d'une oeuvre : Lettre à Elise", je le recommande vivement.)

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     Une touche, deux touches, puis trois, et enfin, un instant de repos. Tout petit, bref, contenant tout un monde, une infinité de possibles... Trois notes suivies de rien du tout. Trois notes avant la suite...

     Une note contient tellement de secrets, tellement d'émotions, tellement de choses qui ne peuvent pas être exprimées par de simples mots. Un quart de soupir laisse libre court à toute l'imagination de chaque être. On ne peut pas se représenter toutes les options qui s'offrent à nous, tous les chemins que l'on pourrait prendre, tous les enchaînements qui pourraient suivre un tout petit quart de soupir... Et pourtant, un tout petit instant de silence, une fraction de seconde seulement suffit... Sans le savoir, on s'invente une suite au morceau, on imagine ce que l'on entendra, on respire, on s'imprègne, on espère et, on a peur... Pour enfin connaître la suite, un dénouement tragique, romantique, doux, passionné, sarcastique, sucré, ironique ou malheureux, et tout notre être est soulagé. Un quart de soupir, un millième de seconde de silence, et tout un monde s'échaffaude, comme si tout dépendait de la note restée en suspend dans les airs. Comme si tout dépendait de ces deux ou trois petites notes, comme si toute la tension du monde de retrouvait piégée dans l'instrument, comme si toutes les émotions de l'univers étaient délivrées seulement par les doigts souples et voluptueux d'un pianiste égaré dans une autre dimension le temps d'un simple quart de soupir. Tant d'ouvertures et de possibilités dans un petit silence, un petit temps d'arrêt, simple et mystérieux... Un si petit silence...

     Et les notes s'écoulent comme le temps qui passe, comme l'eau sous les ponts. Puis tout s'écoule plus lentement, comme si on attendait quelque chose, comme si on devait absolument attendre pour pouvoir connaître la suite... Quand enfin tout s’accélère, le temps nous échappe, et le contrôle nous semble loin... Pourtant, le pianiste égaré mais toujours soucieux de son instrument a une parfaite maîtrise des ses doigts courant sur le piano. Ces doigts qui se tordent, et s'étirent, s'arrêtent, se suivent, s'attrapent, se jettent, s'entremêlent, mais jamais ne se gênent... Mais le temps court toujours et les notes se bousculent, se pressent, se cherchent, et se retrouvent en toute harmonie. Et encore ce quart de soupir mystérieux, qui arrête les notes quelques instants et laisse le silence faire son œuvre... Les inventions s'emmêlent dans la tête des passants étonnés et des Hommes passionnés, quand enfin quelques touches, quelques notes, mettent fin à ces instants de création et rappellent les notes inscrites sur le papier, dans les mémoires, dans l'universalité de l'oeuvre...

     Et les notes s'écoulent à nouveau, comme le temps qui passe, comme l'eau sous les ponts, laissant encore tout un monde se dévoiler en elles. Quelques petites notes qui nous emmènent loin, dans un ailleurs qui n'appartient qu'à celui qui les écoutent... Et les notes s'écoulent, nos cœurs s'emballent, notre imagination s'évade, notre esprit s'envole, et les doigts du pianiste courent, tandis qu'il s'égare encore dans cette autre dimension, les yeux fermés et le sourire aux lèvres... Et tandis que ses doigts se posent une dernière fois sur les touches, les dernières notes enfin nous libèrent...

     Et ouvrent la voie à une infinité d'autres univers...

 

Publié dans Nouvelles

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