Nuances et variations - Cuivré

Publié le par Gabonia Maria Madeus

Nuances et variations - Cuivré

Cuivré

 

Dani rentra dans son appartement, les mains couvertes de peinture séchée, et posa les trois pots qu'elle tenait tout près de la porte. Ils comportaient tous des inscriptions : sur l'un était inscrit « Asperge », sur le deuxième « Menthe », et, enfin, sur le dernier était marqué au feutre rouge « Pistache ». La jeune femme soupira et se dirigea vers la salle de bain.

En se regardant dans le miroir, tandis qu'elle frottait ses mains avec acharnement, Dani se rendit compte qu'elle avait sur le visage quelques tâches de peintures vertes. Elle tordit ce visage en une expression tordue, avec un sourire de travers, et des yeux écarquillés, avant de frotter les tâches pistache, asperge et menthe. Une fois les petites tâches effacées, la jeune femme remarqua que les endroits où se tenaient les tâches avaient pris une teinte légèrement verte.

- Visiblement, vous êtes des tâches coriaces !, lança t-elle en fronçant les sourcils vers le miroir.

Dani, en soupirant légèrement, prit une dose de savon au creux de ses mains. Elle regarda la substance héliotrope qui sentait le jasmin et la fit mousser entre ses deux petites mains avant de frotter tout son visage avec cette mousse teintée de mauve. Elle plaça sa tête sous le robinet de la baignoire et rinça sans retenue tout le savon. L'eau qui en coulait retombait dans la baignoire teintée non seulement de mauve, mais aussi de vert. C'était surtout du vert pistache qui coulait et s'enlevait avec l'eau savonneuse.

Une fois lavée et surtout rincée, Dani rangea les trois pots qu'elle avait laissé près de la porte sur une étagère où reposait deux autres pots, marqués « Indigo » et « Pervenche ». Elle nota sur une petite liste les trois noms de peinture verte qu'elle venait d'épuiser. Il lui faudrait acheter de quoi en refaire, ainsi que de quoi refaire les deux autres couleurs qu'elle avait épuisé quelques jours auparavant. Elle prit ensuite le chemin de la cuisine et s'arrêta pour allumer la radio. Elle avait pour habitude d'écouter une radio qui passait des standards de Jazz. Parfois, elle ne reconnaissait pas les morceaux, mais la plupart du temps, elle connaissait les musiques presque par coeur.

La jeune femme posa sur son plan de travail de cuisine un poivron vert, des tomates rouges, des concombres verts pâles, des oignons couleur oignon, et du fromage grec blanc. Elle allait se confectionner une petite salade grecque. C'était sans doute un de ses plats préférés, et qui n'était, en plus de cela, pas difficile à préparer.

Tandis qu'elle découpait soigneusement les tomates, la radio passa un morceau au rythme endiablé, envoûtant, entraînant, et qui l'entraîna. Elle commença à bouger son bassin au rythme de la musique, tout en continuant à couper les ingrédients.

Soudain, la tentation devint trop forte, et la jeune femme posa son couteau et la tomates qui était en train de se faire découper, et commença à sauter frénétiquement. Elle secouait la tête, ses cheveux longs, et encore humides, suivant le mouvement. Elle reprenait même l'air de la chanson à tue-tête, comme si elle devait chanter pour un zénith tout entier sans aucun micro. Son coeur battait à tout rompre, et le souffle commençait à lui manquer. Elle se déchaînait au son des trompettes et du piano, au son fracassant de la batterie et des notes graves de la contrebasse. Elle se laissait emporter par les voix brillantes et harmonieuses de la chanteuse et des choeurs.

Elle sautait, sautait, criait, soufflait, secouait la tête dans tous les sens, perdue dans un autre univers ensoleillé, elle sautait, chantait comme si elle était la chanteuse principale, envoyant valser tout problème, envoyant valser les couleurs et la cuisine. Elle s'imaginait au milieu d'une foule, qui dansait tout autant qu'elle, avec, au milieu de cette foule, le groupe, la chanteuse et les choriste qu'elle était en train d'écouter, le soleil chauffant naturellement tout ce monde. Elle regarda un instant le ciel bleu de ses rêves, puis tourna la tête vers les trompettes dansantes. Les musiciens secouaient leurs instruments de gauches à droites, tandis que le batteur fermait les yeux, transcendé par la musique. Les rayons du soleil se reflétaient dans les pavillons dorés des trompettes et des trombones. Dani avait bien laissé tomber toutes les couleurs au son de cette chanson, et s'était plongée dans le son orangé et doré des instruments. Si cette chanson avait une couleur, elle était très probablement de couleur cuivrée.

Une couleur cuivrée, au son du jazz de cette soirée, cuivrée, au rythme dansant du morceau. Une couleur cuivrée comme les casseroles de la cuisine, et le saladier préféré de Dani.

La chanson venait de s'arrêter, et les images ensoleillées s'étaient évaporées. Le son cuivré de la chanson semblait seulement résonner dans les yeux de Dani, qui reprenait ses esprits, et qui se remit simplement à remplir son saladier jazzy de tomates rouges et de poivrons verts.

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