Entretemps : Envolée.

Publié le par Gabonia Maria Madeus

Daughter - Youth (Cover) by Daniela Andrade and Dabin

                J’ai commencé tout doucement à tourner sur moi-même. Parce que je ne savais pas où aller, mais que je me savais forte quand même. Comme toutes ces fois où on aime penser qu’on peut tout supporter, qu’on peut tout faire soi-même, tout voir, tout concevoir, tout comprendre, tout appréhender. Comme toutes ces fois où on se tourne vers l’inconnu, où on aime aller sur les collines voir le monde d’en haut et se confronter au vide. J’ai commencé à tourner sur moi-même, pour trouver ma voie, ma direction. J’ai commencé à accélérer. Parce que j’aimais cette sensation. Cette sensation de chute libre, cette sensation de vertige alors que j’avais seulement les yeux levés vers le ciel. J’aimais me sentir tomber, me sentir libre. J’aimais avoir mes cheveux dans le vent, suivant seulement mes mouvements. Je ne savais pas où aller, ni quoi faire, et je n’ai rien trouvé de mieux que d’aller sur cette colline, pas loin de chez moi. Et au moment où j’y suis parvenue, je me suis sentie partir. Comme si tout mon être s’envolait de son enveloppe corporelle. Comme si je n’étais plus qu’un esprit libre au-dessus des prairies, traversant les nuages. Comme si j’avais laissé mon pauvre corps incapable sur terre, ce corps qui faisait si souvent face à l’horizon sans jamais pouvoir le contempler vraiment. Et je tournais. Je tournais pour atteindre cette partie de moi, envolée à travers la fine couche de nuages, planant par-dessus ces collines. Et plus je prenais de la vitesse, plus je me sentais partir, plus je tournais, plus j’avais la sensation de voler, sans que mes pieds ne quittent le sol.

                J'ai commencé tout doucement à tourner sur moi-même, et j'ai fini par m'oublier.

       

Publié dans Entretemps, Nouvelles

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