Entretemps : Soul (Abstraction)

Publié le par Gabonia Maria Madeus

Il n’y a pas de mots suffisants pour le décrire. Il n’y a pas de cris assez fort, pas assez de larme, pas assez de rire… Il m’est impossible de m’en contenter. Alors, j’imagine seulement ce que je dirais si seulement il y avait un Créateur tout puissant au dessus de moi. J'imagine ce que je ferais, si seulement j'y croyais. J’imagine mes mots, mon discours, mes émotions. J’imagine son visage de Divinité ordinaire, qui me regarde en pensant qu’il peut tout faire, alors qu’il ne peut rien. Je me vois à ses pieds, lever la tête, et lui dire le fond de ma pensée.

Prenez-la, je lui dirais. Prenez-la si vous la voulez. Prenez mon âme et faites en des serviettes en papier pour le petit restaurant d’à côté. Elles essuieront les larmes des autres âmes désespérées, elles verront des demandes en mariage, et des ruptures. Elles contempleront les joues roses d’enfants joyeux et de parents émus. Elles goûteront des mets venus d’ailleurs, et aimeront d’autres saveurs. Je lui dirais ça, même s’il rit de moi. Prenez-la. Prenez-la, mon âme. Prenez mon âme et dispersez-la dans l’univers. Réduisez-la en cendres pour qu’elles s’éparpillent sur les étoiles et les comètes. Elles seront bercées par le vide et le néant, et retomberont paisiblement sur notre terre, et je pourrai dire qu’enfin j’ai vu le monde. Oui, prenez-la, mon âme, prenez-la et écrasez-la de toutes vos forces si cela peut vous faire plaisir. Je lui dirais ça.

Et s’il se moque, s’il rit, s’il rit… Vous pouvez rire, je lui dirais. Vous pouvez rire de moi, mais je ne rirai pas avec vous. Vous pouvez aspirer mon âme, arracher mon cœur de ma poitrine, vous pouvez. Que mon âme soit belle, avec ou sans moi, qu’elle aille là où je ne peux aller. Je rêve de quelque chose de plus grand, de plus intense. Je rêve d’immensité dans mes jours les plus sombres. Vous pouvez rire, je lui dirais. Vous pouvez rire, car je n’ai aucun regret. Riez. Je n’ai pas de regret si mon âme continue à rêver, et si mon cœur peut encore aimer. Je n’ai pas peur qu’ils me soient enlevés, si c’est pour qu’ils puissent garder leur pureté. Alors riez.  Je lui dirai ça, même s’il se sent vexé. Riez et arrachez moi toute mon humanité, envoyez la dans la voie lactée, enterrez mon cœur près d’un ruisseau, dans une forêt. Et lorsque mon âme voudra me retrouver, elle n’aura qu’à suivre les rayons du soleil à travers les arbres, ceux dont la lumière est si douce, et si chaleureuse. Moquez-vous si vous le voulez, mais si tout peut ainsi s’arrêter, et si l’âme en peine peut se retrouver au plus profond d’elle-même dans une paix sans pareille, alors il m’est aisé de m’abandonner. Oui, je m’abandonne. Prenez-la, prenez-moi mon âme, arrachez mon cœur, volez moi tout ce que j’ai. Et riez tant que vous le voulez. Riez. Je n’ai que faire de vos moqueriez à présent, car je ne suis plus d’abstraction, je lui dirai. Et puis après, je l’écouterai me dire combien j’ai eu tort, et que je finirai par n’avoir que des regrets. Mais vous avez tort, je lui répondrai. Vous avez tort de le penser, car je ne pourrai plus regretter. Simplement parce qu’au même titre que vous, je ne suis plus qu’une idée.

Publié dans Nouvelles, Entretemps

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