Monologue.

Publié le par Gabonia Maria Madeus

               Je voudrais te dire qu’un jour tu comprendras. Là, tout de suite, rien ne va. La pluie tombe, tes cheveux sont trempés, tes chaussures prennent l’eau, et, en plus, ton parapluie est cassé. C’est normal, la frustration. La colère. Mais un jour, tu verras, tu comprendras. C’est le pire conseil qu’on puisse donner à quelqu’un, « attendre ». Mais il n’y a que ça. Parce que là, tout de suite, c’est pas le moment. Les gens passent, et tu te sens étrangère à tout ça, et tu as l’impression que tu n’es pas vraiment là, que personne te voit. Mais un jour, tu comprendras. Et je ne peux pas te dire quoi, parce que je ne sais pas, moi, ce que tu as à comprendre. Mais un jour, tu te rendras compte de ce que tu as fait, de ce que tu as dit, puis de ce qu'on t'a dit, ce qu'on t'a fait, et de l’enchaînement des évènements dans ta vie, et alors tu comprendras quelque chose. Là, tout de suite, tu ne comprends pas, et ça te rend malade. Littéralement, tout ça te rend malade, tu as la tête qui tourne, et la nausée rien que de penser à ce que tu fais de ta vie. Et tu comprends pas que ça t’arrive. Tu sais pas pourquoi, tu sais pas comment, mais ça t’arrive, et tu as l’impression que jamais tu ne pourras t’en sortir. C’est compliqué, quand les gens te demandent ce que tu fais de ta vie. C’est compliqué quand ils te demandent comment tu vas. Tu hésites malgré toi entre te faire du mal, à toi, en inventant un mensonge comme quoi tout va très bien, ou leur faire mal, à eux, en leur avouant que rien ne va, ce qui les dérangera probablement. Parce que ces gens que tu croises, qui te demandent comment va la vie, à vrai dire, ils ne peuvent rien pour toi. Ces gens que tu croises au hasard d’une rue, ils veulent faire semblant de ne pas avoir d’ennuis et ils te diront que leur vie est parfaite, alors quand toi tu diras ta vérité, ils seront embarrassés, gênés, désolés. Et toi, toi qui essaie de remonter à la surface, toi qui veux remonter la pente, toi qui te bats pour sourire encore et te rappeler que la vie n’est pas un drame, toi, tu voudras les rassurer, et alors tu pourras leur dire. Leur dire qu’un jour tu comprendras quelque chose sur toi, et que ça ira. Alors oui, c’est facile à dire. Alors oui, c’est un peu parier au hasard sur la vie. Alors oui, jusque-là ce sera dur. Oui. Mais c’est normal, l’ennui. La douleur. C’est normal, les pleurs. La peur. Les doutes. L’indécision. Là, maintenant, tu penses que tu vas peut-être crever toute seule, ou vivre malheureuse pour le restant de tes jours. Tu crois peut-être que ça ne pourra pas passer, et que tes maux vont te suivre jusqu’à la fin. Mais un jour tu comprendras. Tu comprendras pourquoi, comment, tu comprendras la pluie, tu comprendras les mauvaises nuits. Là, tout de suite, bien sûr, c’est abstrait. Dans ta tête comme dans la mienne, ça n’a pas vraiment de sens, ça a l’air beau et facile. Je ne sais pas trop ce qu’il se passe quand on comprend. Je ne sais pas comment on comprend. Je sais juste qu’après, c’est le beau temps. Avec son lot d’averses et de tempêtes, mais du beau temps. T’auras encore les cheveux trempés et les chaussures qui prennent l’eau. Mais tu te diras que ça rafraichit, et puis qu’on ne peut pas s’attendre à ce que des sandales protègent les pieds de la pluie. Je crois que quand on comprend, on peut voir le noir, le blanc et leurs nuances tout en même temps. Je crois qu’on ne discerne pas que l’obscurité ou la lumière, le bien ou le mal. Un jour, tu comprendras. Alors oui, c’est sans doute le seul conseil qu’il ne faut pas donner, le seul conseil qu’on ne peut pas entendre, parce que ça ne réconforte que ceux qui sont en train de comprendre quelque chose, ceux qui sont sur la voie, sur le chemin, en route vers le beau temps et ses nuances. Mais ce conseil, je te le donne quand même. Parce qu’un jour tu comprendras. Et je comprendrai aussi.

Publié dans Divers, Vie

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

******* 21/12/2015 22:09

Je suis pas du genre à poster des commentaires sur les blogs mais là c'est une de mes potes qui m'a montré ton article et j'ai ressenti beaucoup d'émotions, c'est comme quand je voulais réconforter une amie de la mort de sa soeur,je me sentais inutile, mais ça m'as fait pensé à ça, d'où la question mais du coup ça ne correspond pas.

Gabonia Maria Madeus 22/12/2015 00:41

Ca aurait pu correspondre, après tout. C'est vague et un peu flou pour que cela puisse parler aux gens, autant que ça me parle... Je pense que c'est une question de ressenti, libre à chacun d'interpréter et de s'identifier à ce monologue pour se l'approprier :) Et d'ailleurs, merci pour la question !

******* 21/12/2015 21:28

Désolée de poser la question, jprends mon courage à deux mains pour la posée, il y a un "je" mais qui es "tu"?

******* 21/12/2015 21:47

Ok!

Gabonia Maria Madeus 21/12/2015 21:32

Je et tu sont d'abord une même personne au final. Mais c'est un monologue, alors je ne parle à personne, et à tout le monde en même temps. "tu" désigne tous ceux qui ont besoin d'être "tu" : moi, le lecteur, le reste du monde... :)