Encore une de ces soirées...

Publié le par Gabonia Maria Madeus

Encore une de ces soirées...

                   C’est encore une de ces soirées. Oui, une de ces soirées où je sens que quelque chose ne va pas, sans savoir dire précisément pourquoi. C’est encore l’un de ces soirs où je sais que j’ai envie de dire quelque chose, que j’ai envie de vivre quelque chose, sans savoir quoi. C’est un de ces soirs, où la frustration dominatrice m’enlève et me séquestre jusqu’au petit matin. C’est encore une de ces soirées où je cherche désespérément la musique qui soulagera mon esprit. Celle qui comblera le manque, celle qui pourra m’apaiser quelques instants. C’est encore une de ces soirées où j’ai l’impression de n’avoir personne à qui parler, où tout me semble insatisfaisant et décevant, où je me dis que ça ira sans doute mieux le lendemain. C’est encore une de ces soirées.

               Je ne saurais pas dire précisément d’où ça vient, ou ce qui provoque cet état insupportable. Je ne saurai pas dire s’il a réellement une cause à vrai dire. C’est probablement l’ennui qui m’inflige tout ça, pour me faire sortir un peu. S’il y a bien une chose que je peux dire, c’est que ça n’arrive pas qu’à la fin des mauvaises journées. Aujourd’hui, j’ai fait plein de choses. J’ai fait des choses que je ne fais pas d’ordinaire, et j’ai eu l’impression d’avancer un peu dans mon existence – et quand je dis existence, je ne le dis pas en pensant à quelque chose de très philosophique : je parle de mon existence dans les termes les plus terres à terres qui soient. Et il y a deux jours, je n’avais pas particulièrement eu une mauvaise journée non plus. Et pourtant, je suis là, assise sur mon siège, et je ne peux pas m’empêcher de broyer du noir. Comme je ne comprends pas ces moments de ma vie, j’ai dans l’idée d’écrire sur d’autres moments.

               Il y a un an commençait une sorte de période très noire et triste, qui ressemblait plus à un énorme gouffre sans fond qu’à une brève petite déprime de passage. Il y a un an, j’ai arrêté d’aller aux cours qui n’étaient pas obligatoires, j’ai arrêté d’essayer de me faire des amis dans ma classe, j’ai presque coupé les ponts avec les amis que je côtoyais déjà avant, et je me suis complètement repliée sur moi-même.  A l’époque, je pensais que c’était mieux pour tout le monde. Je pensais que je n’avais pas à infliger aux autres mes perpétuelles remises en questions, mes doutes sur l’univers et la vie elle-même, mes chagrins existentiels. Je pensais que je n’avais pas à montrer que j’allais mal, je pensais que ça n’intéresserait personne de me voir, moi, cette pauvre fille qui a du mal à se lever le matin parce qu’elle a trop pleuré la veille. Bien sûr, cette crise n’est pas apparue un jour, comme par magie, elle gagnait du terrain depuis un bout de temps, mais c’est il y a un an que l’engrenage n’est affolé. Pour prendre une autre métaphore, c’est comme si tout ce temps on m’avait un petit peu poussé vers le gouffre, que j’en étais finalement arrivé aux bords et que j’en étais tombée soudainement. Et, à ce moment-là, je n’avais pas envie d’en parler. Je n’avais pas envie de raconter ma misère, je n’avais pas envie que les gens me regardent avec l’air de dire « Ah, ma pauvre ». Je n’avais pas envie de faire de la peine à mes amis, à ma famille, je n’avais pas envie de leur gâcher leurs journées déjà bien compliquées. Je me disais que ça allait passer. Mais ça empirait, toujours et encore. Et quand je rentrais le soir, je sentais mon sang comme bouillir dans mes veines, à cause de la frustration, de la peine, de tout ce qui n’allait pas, de tout ce que je ne pouvais pas dire. Quand je rentrais, je me mettais au lit, et je dormais. Je dormais pour éteindre le bruit de mon esprit qui rageait et pleurait à l’intérieur de moi. Je dormais pour que le temps s’arrête, pour qu’on m’accorde une pause, une toute petite pause. Je voulais être comme un ordinateur en veille, pas complètement éteint, mais pas allumé pour autant. Je n’avais pas la force d’essayer de m’en sortir, et j’avais trop peur d’être irrécupérable pour me laisser aller complètement – oui, vous comprenez bien : ça aurait pu être pire.

               Alors, s’il y a une chose que je voudrais dire, là, tout de suite, à quelqu’un qui se sent aussi paumé que moi je l’étais à l’époque… Ce serait « Tu n’es pas seul(e) »… Ou peut-être plutôt : « Tu n’es pas la seule », ou « Tu n’es pas le seul ». Croyez-moi, je comprends bien à quel point cette minuscule phrase peut paraître fausse et convenue. Croyez-moi, je sais qu’elle est dure à entendre, parce que moi, tout mon corps me disait que c’était faux et que personne ne voulait vraiment entendre ce que j’avais à dire. Moi je me sentais seule, peu importe le nombre de personnes qui me disaient qu’ils étaient là pour moi. Alors, si quelqu’un se sent seul, désespéré, s’il a mal, s’il a envie de pleurer, je voudrais juste lui dire qu’il n’est pas le seul. On est nombreux à chercher un sens à nos vies, à vouloir comprendre ce qui nous arrive et pourquoi vivre. On est nombreux à se sentir seuls et impuissants. On est nombreux à avoir mal, que ce soit un peu, ou que ce soit insupportable. Dire ça n’aidera peut-être pas, ou peut-être que ça parlera à quelqu’un, mais au moins c’est posé là, attendant d’être lu. Pour moi, ça s’arrange petit à petit, mais…

             Mais il y aura toujours ces soirées où tout me semble gris, noir, où la lumière me semble terne, où rien ne parvient à me soulager. Il y aura toujours des soirs comme celui-ci, où les bruits extérieurs des gens qui rient m’agacent au plus haut point, et où aucune distraction n’est satisfaisante. Il y aura toujours des soirs où la solitude me revient, comme une de mes plus fidèles amies, et où je me dis « Tant pis, peut-être que demain… ».

Publié dans Vie, Divers

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