Monologue de pardon.

Publié le par Gabonia Maria Madeus

            Il y a plein de choses que je pourrais, et voudrais te dire. Cela pourrait être des détails très futiles, mais ces détails n’aident, au final, jamais vraiment. Ces détails affaiblissent les propos, ces détails jouent des tours à ceux qui les interprètent trop durement, tandis qu’une conversation sans eux permet à chacun de s’approprier les propos à sa façon. Alors je crois que je me passerai d’eux pour te parler. Toi qui croyais que le monde allait s’arranger au fur et à mesure que tu grandissais, je sais que tu es déçue. Tu pensais trouver un endroit sain, et agréable pour vivre, avoir ton boulot après tes quelques années d’études, qui auraient passé vite, et pendant lesquelles tu aurais rencontré tous plein d’amis précieux et un complice pour la vie. Tu pensais que ça se réglerait comme ça, simplement. Tu pensais que tu allais suivre le chemin que tu avais prévu, sans penser que ce serait la jungle. Je sais que tu as l’impression d’être un nouveau-né, une petite chose fragile qui ouvre les yeux pour la première fois, et c’est sans doute ce dont il s’agit. Alors bien sûr, 21 ans ont passé depuis ce moment-là, mais ça ne change rien. Une première fois est une première fois, et tu as ouvert les yeux juste hier, juste maintenant, maintenant que tu es grandie. Ça pique. C’est froid. C’est dur. Et puis tu es tombée, et le sol est rugueux. Alors que tu te rends compte que tu ne peux pas suivre le beau chemin de bitume que tu avais repéré, et que ton chemin à toi sera finalement boueux, tu questionnes chaque miette de vie en quête de réponses. Et ça aussi, ça pique, et c’est froid, et c’est dur. Et là, tout ce que j’ai envie de dire, c’est bats-toi. Bats-toi, et trouve le courage d’emprunter ce chemin boueux difficile. Ne reste pas plantée comme un piquet devant ce chemin, et ne reste pas prudemment sur le bitume, tu risquerais une horrible sortie de route. Vas-y. Bien sûr ça fera sans doute encore mal, bien sûr tu auras encore des doutes. C’est certain. Mais puisque que la vie est une jungle de toute façon, pourquoi ne pas la traverser en te frayant ton propre chemin ? Tu penses que tu n’en es pas capable, et je n’y peux rien. Là, tout de suite, je ne peux rien te dire, et puis tu ne pourrais pas l’entendre. En revanche, il me prend l’envie de te dire autre chose. Je te pardonne. Si c’est ce dont tu as besoin, alors voilà. Je te pardonne pour tout ce que tu as fait et tout ce que tu n’as pas fait, pour les choses que tu n’as pas dites, et celles que tu as pensé, et pour toutes les chances que tu n’as pas saisies. Je te pardonne entièrement, complètement, et je te libère de tes engagements. Tu n’as pas à être la personne que tu n’es pas. Tu penses que tu aurais dû chanter plus, dans ta petite jeunesse, mais c’est faux. Tu as fait ce que tu as fait quand tu l’as pu, quand tu l’as voulu. Arrête de ressasser, arrête de dire « Oui, mais et si je l’avais fait avant… ? ».  Tu es grande à présent, tu as mûri. Tu comprends aisément qu’on n’est jamais sûr de rien dans la vie, et qu’il se sert à rien d’essayer de rembobiner le film. Comme toutes les premières fois, celles-ci ne se revivront pas. C’est difficile de prendre une décision pour soi, sans avoir une vision complète de tout ce qu’elle pourra engendrer. Alors, oui, peut-être que « Si tu avais su », tu aurais fait autrement. Mais tu ne savais pas. Qui aurait pu ? Ne t’en veux pas. Ne t’en veux pas d’avoir pris des décisions que tu aurais, aujourd’hui, voulues différentes. Je te pardonne tout. Je te pardonne la pluie, je te pardonne les brûlures. Je te pardonne le vent, je te pardonne les griffures. Je te pardonne l’envie, je te pardonne l’amour et même la jalousie. Tu as ouvert les yeux juste hier et demain sera un autre jour. Aujourd’hui tu as peur, aujourd’hui tu voudrais comprendre la vie, comprendre les soucis… Mais demain tu aurais froid, et tu voudras comprendre l’ennui. Et le lendemain tu auras mal, et tu voudras comprendre l’amour, comprendre la douleur… Mais chaque fois que tu regrettes, chaque fois que tu t’en veux, il y a une étincelle qui disparaît de tes yeux. Chaque fois que tu pleures, chaque fois que tu cris, il y a une couleur qui disparaît de ta vie. Ne te prive pas des couleurs et des étincelles. Je te pardonne, et tu dois te pardonner aussi. Bats-toi. Bats-toi encore même si rien n’est comme tu l’imaginais. Bats-toi, vis et ne regrette pas. Parce que tu as ouvert les yeux juste hier, et il te reste toute une vie pour apprivoiser la lumière.

Publié dans Vie, Divers

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