Juillet

Publié le par Gabonia Maria Madeus

                On n’a jamais pensé à ce qui arriverait, quand l’été doré se serait écoulé. On s’est pris par la main, on s’est souri comme des gamins, les yeux rieurs, l’ennui farceur… J’ai tout de suite pris goût à aux harmonies de nos deux cœurs réunis, sans penser vraiment, sans penser un instant aux dissonances et contretemps. Tu étais beau, tu étais fier, tu étais un sot aux yeux clairs, dans lesquels j’apercevais l’ombre d’un été qui aurait bientôt filé. Jamais je n’ai réfléchi à l’automne conquérant qui s’approchait doucement de nos mains entrelacées. Nous partions souvent roucouler dans la forêt, les pieds dansant, foulant le sol, frôlant les buissons. Tu prenais ma main, quelques fois, et tu me faisais tournoyer dans la petite plaine où nous avions pour habitude de nous prélasser, au milieu des fleurs que nous avions déjà toutes cueillies – ou, plutôt, que tu m’avais cueillies. Et nous riions, encore, et encore, sous le soleil de l’envie, sans aucun nuage à l’horizon. Notre ciel était toujours d’un bleu pur, ni tacheté, ni assombri par le gris des nuages de pluie. Tu t’écroulais dans les herbes folles, te cachais pour me rendre folle, bondissait comme un enfant un dernier jour d’école. Nous nous installions contre un rocher qui, tout seul, demeurait là, et nous attendions le sommeil en nous serrant l’un contre l’autre. Je me retrouvais toujours la tête contre ton torse, et je pouvais apercevoir ta cicatrice, au menton, discrète et mystérieuse, invisible aux filles grises de l’automne. J’écoutais les battements sereins de ton petit cœur, en écho au mien. Tu me racontais des histoires de ta vie, ce que tu aimais, ce que tu faisais, et je te sentais sourire en évoquant tout ce que tu créais. Tu me chantais une chanson que tu avais écrite et composée pour moi, en frappant dans mon dos le rythme doux de la ritournelle. J’écoutais paisiblement ta voix, flottant au-dessus de moi comme un nuage de poésie, et j’entendais ton cœur s’emballer dans ta poitrine quand tu disais presque que tu m’aimais. Quand tu terminais ta petite chanson, tu riais un peu, gêné, embarrassé, beau et fier, et, un peu plus, contre toi tu me serrais, et je soupirais, rêveuse. Et puis tu me disais que tu aurais pu composer toute une symphonie, mais que cela aurait compromis nos après-midis, et nous finissions par rire aux éclats en nous relevant, moi toujours accrochée à toi. Nous repartions à la ville, au cœur de tout, emplis d’un amour qui ne s’avoue pas. Au moment de rentrer, toi chez toi, moi chez moi, nous nous arrêtions, face à face, et nous nous regardions une dernière fois avant le lendemain. Je plongeais dans ton regard de lumière, et regardais nos ombres danser, gardant en mémoire jusqu’au lendemain nos pas de danses maladroits dans la prairie estivale ensoleillée.

               Mais jamais nous n’avions pensé à ce qui arriverait, lorsque notre été se serait écroulé. Un jour, il n’y eut aucun lendemain. L’automne avait reconquis la vie, les nuages de pluie avaient recouvert l’azur, et les feuilles, au sol, étaient les seules à danser encore. Plus de toi, au cœur de la ville, plus de toi dans notre prairie jolie, plus de toi, l’été s’étant enfuis. L’été d’or n’était plus que souvenirs, et dormait désormais. Mais jamais nous n’avions pensé à cela, ni toi, ni moi, à ce vide que nous laisserions l’un à l’autre, comme un cadeau d’au revoir qui n’en n’est point un. Quelques fois, je me souviens de cet été, et tends l’oreille, cherchant la symphonie promise sur toutes les radios, cherchant du regard tes yeux clairs et leur lumière dans toutes les rues, me rappelant en vain de nos moments d’écoliers vacanciers, et espérant enfin te retrouver. Il est quand même étrange qu’aucun de nous n’ait songé que tout été finit un jour par s’achever et laisse aux creux de nos mains, le triste sentiment d’avoir manqué de lendemain.

Publié dans Nouvelles, Poésie

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