L'odeur de la pluie.

Publié le par Gabonia Maria Madeus

L'odeur de la pluie.

              Il y avait cet homme, assis tout seul sur une chaise au beau milieu du parc, qui avait le regard perdu dans le vide, égaré dans le lointain. Il avait des cheveux bruns, une barbe, une chemise brune, et des cernes. Si l’on contournait cet intrigant, on s’apercevait avec étonnement que, derrière cet homme au regard perdu, il y avait une fille, assise, elle aussi, sur une chaise, et qui faisait dos à l’homme. Je crois que c’était une sorte de performance artistique, parce que la fille, une petite blonde aux cheveux courts, était habillée d’une robe blanche tout à fait neutre, et avait des petites baskets blanches. Ce fut à ce moment que je remarquais que l’homme ne portait que des couleurs brunes. Soudain, la fille demanda, sans faire un seul mouvement : « Olivier, est-ce que je t’ai manqué ? ».

               Je vis le regard de l’homme se retrouver, mais pas ici. Il était sans doute parti au fond de sa mémoire, rechercher les images de quelque chose de précieux. Ses lèvres s’étirèrent joliment en un petit sourire tordu presque dissimulé. Olivier ouvrit la bouche, croisant ses bras sur sa poitrine, et se mit à raconter : « L’odeur de la pluie, les soirs d’été, ça, ça me manque tout le temps. L’odeur du café, le matin, quand on se réveillait ensemble et que tu te débrouillais toujours pour aller faire le café et revenir au lit avant que je n’ouvre les yeux. Et puis le bruit, le craquellement du parquet, dans notre première maison. Ta tête, la fois où tu es tombée à cause du morceau de beurre que le chien avait chipé et lâché par terre parce qu’il pouvait, évidemment, pas manger un truc pareil… Cette tête-là, elle me manque à chaque seconde, tellement c’était drôle… Mon pote, Harry, me manque, j’espère qu’il va bien, son rire surtout me manque… Ma mère me manque, parce qu’elle avait toujours un bon truc à me dire quand je déraillais, ou que tu m’énervais… Le calme des vacances en Italie me manque. La sensation d’être si paisible que rien ne pourrait arriver… Ca aussi, ça me manque. ». Olivier soupira, avec un sourire, et secoua la tête. La fille, derrière lui, n’avait pas l’air de comprendre, tandis que je comprenais que cela n’avait pas été réellement préparé. Je me demandais quelle sorte d’expérience nous étions en train de vivre, nous tous, ici, dans ce parc. Olivier, de son côté, continuait à sourire et reprit son discours. « Tu sais, quand on avait mis ce truc en place, quand on avait imaginé cette mise en scène, j’étais certain que j’allais pouvoir dire que la seule chose qui m’avait manqué, c’était toi. Parce que tu étais partie aux États-Unis pour tes études, qu’on ne se parlait pas vraiment, que j’étais misérable… Pourtant, tu vas te vexer, mais tu m’as pas vraiment manqué. » La fille derrière lui était en train de se décomposer, je la voyais prête à pleurer, et les gens autour se sentir désolés pour elle. Olivier tenait bon, et continuait. « Non, tu m’as pas manqué, parce que tu as occupé toutes mes pensées pendant tout ce temps. Au début, j’étais triste, parce que je pensais à toi, et à toutes les choses qu’on n’était plus en train de faire. Après, j’ai été en colère, parce qu’on n’arrivait jamais à s’appeler. Après, je me suis senti seul, et j’ai commencé à penser au moment où tu allais rentrer. Et puis j’ai pensé à ce moment, à cette après-midi, et je me suis rendu compte que tu m’avais jamais quitté. Tu étais au milieu de tout. Au milieu de ma journée, quand je cherchais quand t’appeler, quand t’écrire, quand te lire. Au milieu de mes affaires, quand je retrouvais un vêtement à toi perdu dans les miens. Au milieu de mes joies, quand je me demandais comment j’allais te les raconter, et au milieu de mes tristesses, quand je me demandais comment te les cacher. Tu as été au milieu de ma vie, du moment où tu es partie, jusqu’à cette après-midi. Alors je sais qu’on était sensé dire « Tu m’as tellement manqué » et se tomber dans les bras, s’embrasser jusqu’à en perde l’équilibre et embarrasser tous les gens amassé là… Mais je pensais qu’on pourrait juste se retrouver à la maison… Disons… Dans 20 minutes ? » Et le type se leva, et traina sa chaise hors du parc, sans rien dire d’autre. La fille est restée là un peu, et puis elle a pleuré, avec un grand sourire sur ses lèvres, tout en se levant. Elle nous a tous regardé, et il s’est mis à pleuvoir sur le petit parc. Elle a sourit encore, et s’est écriée en levant les bras au ciel : « Moi aussi, l’odeur de la pluie, ça m’avait manqué ! ».

Publié dans Nouvelles

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