Deux âmes.

Publié le par Gabonia Maria Madeus

             La rumeur s’est propagée ces derniers mois. Les gens murmurent que la fin du monde arrivera le mois prochain. Et tandis que je regarde, de mon appartement, les lumières de la ville bercer le temps, je songe à ces derniers instants de vie. Il se dit en ville que tout sera soudain, brutal, comme un coup de poing reçu en pleine figure. Je ne sais pas d’où cela vient, mais si jamais il n’y avait pas de lendemain, si jamais la terre ne tourne plus dans quelques jours, alors je veux être prête.

               Alors j’ai pensé à toi. Comme il serait doux de finir la vie entre tes bras. Je n’ai jamais su si je t’intéressais vraiment, mais je n’ai jamais arrêté d’y penser. Tes regards curieux, tes sourires… Et la manière dont tu posais tes mains sur mes épaules. Je ne crois pas que tu avais pleinement conscience du bien que cela me faisait… Mais tu étais suffisamment grand et adulte pour que ta présence me soit rassurante. Ton éternelle inquiétude, qui faisait écho à la mienne. Je n’arrivais jamais à savoir si c’était un jeu tacite auquel nous nous prêtions, ou si c’était seulement pour toi le témoignage d’une amitié platonique…

               Quelques semaines sont passées, et déjà, la science nous a rattrapés. Les prochains jours seront les derniers. Et tandis que chaque être humain se morfond, adresse à sa famille ses aux revoirs tragiques, je marche dans la forêt, seule. Je goûte une dernière fois à la solitude et à l’air frais, aux rayons du soleil sur ma peau, au vent qui boucle mes cheveux. J’entends mes pas sur le sol, le crissement des graviers, le frottement de mes jambes l’une contre l’autre, le grincement des branches, et le murmure du vent dans les feuilles des arbres. Je dis au revoir à la vie, au revoir à la nature, et observe le ciel bleu qui déteint.

               Et je pense à toi. A toutes ces choses que j’aurais voulu vivre, ou dire, même tout bas. Je repense à tes mains dans mes cheveux, tes bras autour de mes épaules, et je me dis que ça ne pouvait pas être rien. Je pense à toi, à ta façon d’être. Je ne sais pas si tu as le temps de penser à moi, dans tout ce flot de panique et cette ambiance d’époque révolue… Je ne sais pas si tu as jamais eu le temps de penser à moi… Mais je ne sais pas si tu avais bien le temps de penser à toi non plus. Et je m’imagine, dans un monde où j’aurais osé t’aborder, blottie contre toi en attendant la fin de l’humanité. Je pense à la douceur de ces instants imaginaires, en plein milieu d’une fin des temps. Je m’imagine comme il serait bon d’être contre toi, même sans s’aimer profondément, même sans se parler vraiment… Juste être tous les deux, dans le noir, l’un contre l’autre, sans penser au reste. Tout serait si doux.

               Et quand l’obscurité aura complètement envahi notre monde, nous serons deux pour y résister. Et quand nous n’entendrons plus que le son de nos cœurs en rythme, nous saurons que c’est à nous d’imaginer tout le reste… Et de nous fondre dans le noir, comme deux âmes qui s’étreignent, enfin... Deux âmes qui s’éteignent, au loin.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Cécile 05/02/2017 23:39

Très beau...