Qu'une enfant.

Publié le par Gabonia Maria Madeus

 

 

Je voulais tracer sur tes joues de jolies arabesques de poussière, ne jamais grandir.

Je ne suis encore qu’une enfant, une toute petite miette de peau sur les coussins terreux de l’univers. Il me semble qu’hier encore j’ouvrais pour la première fois mes petits yeux bleus et découvrais sans comprendre le monde qui m’entourait. Toute petite, recroquevillée sur mes deux pieds, je me cachais au creux des arbres pour regarder la vie passer… Mais il me semble bien qu’avec le temps, la peur que le train passe sans que je sois dedans m’a poussée hors des arbres. Pieds nus sur l’herbe fraîchement coupée, deux lucioles à la place des yeux, assoiffée de tout, assoiffée de rien… Le temps est bien différent, lorsqu’on n’est qu’une enfant… On regarde les grands, on les observe, on attend seulement. On attend d’être à leur place, d’être eux, sans savoir quoi dire quand on nous dit de grandir. Je ne suis qu’une enfant, une simple poussière dans les reflets clairs des rayons de soleil touchant la terre.

Je voulais tracer, lentement, sur tes joues un soleil d’abricot, ne jamais grandir.

Je ne suis encore qu’une enfant, une petite étoile perdue dans la voie lactée qui ne cherche pas à se retrouver. Je vois mes petits petons gigoter dans le sable, piégés tout au bout de moi, contre le sol tantôt rugueux, tantôt froid.  J’ai les yeux remplis de soleil, brillants comme un premier jour de printemps, étincelants comme la première étoile de tous les temps. J’ai les yeux comme un océan dans lequel personne ne se serait jamais encore baigné. Purs, sincères. Toute gamine encore, pas bien grande, j’allais courir sur le bitume défoncé, et chanter pour les oiseaux comme dans les dessins animés. Et puis le temps rattrape les enfants, donnent quelques rides à leurs cœurs… J’ai voulu courir, j’ai voulu rire pour contrer ce désenchantement, pour rester simplement l’enfant que j’étais.  Et puis je me retrouve dans ces gares, à l’orée du jour, à cherche le chemin. Les cheveux volants dans le vent, les joues rouges comme des cerises mûres, intriguée de tout, intriguée pour rien… Tout est si différent, quand on n’est qu’une enfant… On observe les passants, on regarde gentiment, et on attend. On attend le temps qui passe, qui un jour nous prend. On attend d’être grand... Pour aller un petit matin emprunter un chemin duquel personne ne revient. On attend simplement… Que nos étoiles d’yeux deviennent juste pupilles, comme deux billes au fond d’un bocal. On attend, sans savoir où partirons les étincelles dans nos yeux, et nos rires malicieux. Je ne suis qu’une enfant, une toute petite perle de miel, tombant de la ruche du ciel.

Je voulais tracer, seulement, sur tes joues un abîme de sourire, ne jamais grandir.

Mais le temps venu m’a confiée quelques traits de plus, et mes yeux ternis ne se rappellent plus… Un jour pourtant tu étais là, gamin comme moi, allongé sous les ombrages des ormes, des rêves dans les yeux et les yeux dans l’oubli, les joues sucrées de vie, en attendant seulement que passe le temps.

Publié dans Poésie, Divers, Nouvelles, Vie

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