Moi, ce soir.

Publié le par Gabonia Maria Madeus

Moi, ce soir.

          Me voici, dans mes habits d’hier, encore. J’ai les cheveux propres, coiffés, mais toujours mouillés. J’ai mis un peu de parfum, un peu de noir sur mes yeux qui s’accordent avec mon jogging bleu. J’ai presque pas envie de rire, mais sur mes joues se dessine un tout petit sourire. C’est un sourire de contentement. Celui que je prends quand je me sens presque bien, quand j’ai l’impression d’avoir un cœur plus léger, soulagé, voletant comme une plume dans le vent. J’ai un bouton sur le ventre depuis quelques jours, et il va m’y laisser une sale cicatrice, je le sens.  Je dois quand même avouer que le parfum, c’est du parfum bon marché. Rien d’extraordinaire. Tout à l’heure, j’avais quand même un peu de rouge à lèvres, parce que j’aime tellement la sensation que l’acte d’en mettre me procure. Me voici, moi, dans mes habits d’hier, juste comme ça, moi.

            Me voici, prête à dire de belles choses sur une fausse feuille de papier… Je n’écris pas plus que je ne parle, techniquement : je tape. J’écoute la musique de La La Land, que je viens de regarder, parce qu’elle semble m’inspirer un je-ne-sais-quoi que j’aimerais essayer de trouver. Dire des belles choses, c’est compliqué… Il faut trouver des mots jolis, qui vont avec d’autres mots jolis, et trouver de belles images à peindre en lettres, et c’est encore pire quand on part seulement de rien. Mais je me sens libre de tout, comme si j’avais quelque chose à offrir. Je me sens vivante et capable d’envoyer rêver les étoiles elles-mêmes, de les envoyer valser tout contre le soleil en un claquement de doigts… Me voici, prête à dire ce que vous voulez, tant que l’on peut rêver. Me voici, prête à m’envoler pour vous si c’est ce que vous souhaitez, prête à danser sous le soleil, ou sur une plage aller simplement me reposer… Me voici, me voilà.

            Me voici, honnête, têtue et menteuse à la fois… Dur, dur, de savoir où s’arrêtera ma rêverie… Mon plus grand rêve serait d’être publiée. Je rêve de voir, un jour, dans les rayons confinés d’une petite librairie, un ouvrage portant mon nom être pris doucement par un(e) inconnu(e), ouvert un instant, une étincelle de curiosité au bout des doigts, puis emporté vers le lointain. Je rêve qu’un jour, mes mots touchent quelqu’un, comme les mots des autres ont pu me toucher… Je rêve d’être moins seule à travers les maux qui me traversent, et que quelqu’un se sente moins seul à travers les mots que je donne. Chaque fois que j’essaie de l’expliquer, je me sens un peu stupide, mais qu’importe, me voici honnête, têtue et menteuse à la fois… Je rêve d’une vie harmonieuse, dans tous les sens du terme. L’harmonie en musique, en poésie, en peinture, dans la vie, l’amour, la pluie, le désir… C’est vaste, l’harmonie, mais rien n’est trop vaste quand on a un petit cœur de plumes. Oh, me voici, honnête, aujourd’hui.

            Me voici, nue. Nue comme si mes habits d’hier avaient devant vous disparus. Nue comme si mes plumes d’oiseau bleu s’étaient envolées sans moi. Nue comme si je venais de naître ici. Me voici, offerte à vos yeux surpris. Nue. Comme si je vous disais que j’ai toujours eu peur d’être abandonnée. Laissée dans un coin. Tellement peur que je préfère m’abandonner moi-même, pour ne jamais être vexée. Nue. Comme si je vous disais que j’ai peur de rester seule toute ma vie. Comme le cliché de la vieille dame avec plein de chats. Tellement peur que je ne sais plus si j’essaie quoi que ce soit. Me voici nue, avec mes peurs et mes regrets. Nue. En vous disant que je regrette de me sentir jalouse de temps en temps, des gens qui savent briller sans lumière, et de ceux qui la volent sans craindre la guerre. Tellement nue. En vous disant que j’aimerais savoir m’aimer, toute entière, mais que je regrette simplement de ne pas savoir comment faire. Me voici nue, avec mes regrets et mes peurs, qui sont encore trop nombreux pour continuer… Me voici.

            Je m’appelle Marion, j’ai 22 ans. Un petit sourire tordu, des yeux bleus avec du noir dessus. Je suis encore dans mes habits d’hier, et ce soir, je dormirai nue.

Publié dans Vie, Divers, Poésie

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