Monologue pour un orage.

Publié le par Gabonia Maria Madeus

              Ca fait des semaines que j’essaie de trouver les mots pour décrire mon état actuel. Des semaines que je m’acharne à commencer des textes comme celui-ci pour les effacer. Des semaines que je peine à sortir les quelques mots qui sonneront vrai…

               Je ne sais pas quoi dire. J’ai à nouveau peur de tout, à nouveau envie de rien. Quelque chose s’est cassé, quelque part entre la fin de l’année et la fin de l’été, qui je le crains ne sera pas réparé… Je ne sais pas quoi dire, ni vraiment quoi faire. C’est comme si les murs que j’avais abattus s’étaient reconstruits, comme si ma carapace était revenue… Je ne m’en étais pas rendue compte avant ces dernières semaines… Tout à coup je m’aperçois que je me sens prise au piège, prisonnière de quelque chose que je ne saisis pas… Tout à coup, je me revois comme la petite tordue de service, celle qui est ratée, cassée, pas récupérable… Tout à coup, cette personne que je déteste est à nouveau moi : j’ai tous les torts, et je suis coupable. Coupable d’être là, coupable d’exister… Non, je ne veux pas gêner, je ne veux pas causer d’ennuis à qui que ce soit, et pourtant c’est ce que j’ai l’impression de faire. Et ça me met en colère… En colère contre tout, mais surtout contre moi-même. Parce que c’est toujours la même rengaine, toujours les mêmes histoires. C’est toujours difficile d’accepter le changement, toujours difficile d’être face à des nouveautés. C’est toujours trop difficile de voir des gens s’éloigner. C’est toujours trop difficile de ne pas savoir en parler de vive voix. Alors je me mets en colère, pour toutes ces choses que je n’ai pas choisies, et toutes ces histoires sans importance qui, dans ma tête, en prennent trop. Je ne sais pas quoi dire. Je n’arrive plus à regarder les gens en face. J’évite leurs regards, je baisse la tête. Je n’aime pas être prise en pitié et même si je comprends les encouragements, intellectuellement, je n’arrive pas à les prendre en compte. C’est quelque chose que j’ai remarqué récemment, dans mes relations aux autres. Souvent, j’arrive à comprendre, sans parvenir à intégrer. Je comprends qu’on m’apprécie, qu’on ne se moque pas de moi. Dans ma tête, tout cela me parait évident. Mais je ne le ressens pas de cette manière. Je me sens attaquée, je me sens visée, je me sens être le petit monstre au milieu des anges. Je n’exagère même pas… C’est sans doute même pire que ce que je suis en train d’écrire. Alors, oui, j’évite le regard des gens, surtout de ceux avec lesquels j’évolue. Parce qu’aussi je ne veux pas les décevoir. Ça aussi, c’est revenu : ce besoin débile de satisfaire les autres, de répondre aux attentes… Je ne veux pas voir dans leurs yeux à quel point ils s’étaient planté sur mon compte. Qu’est-ce que je pourrais dire ? Qu’est-ce que je pourrais bien dire, pour expliquer tout ça ? Pour expliquer que chaque respiration est lourde et difficile, que chaque minute qui passe me semble plus longue que la précédente, qu’il n’y a plus de soleil… ? Comment dire que la solitude fige tout, que je n’ai pas confiance, que je ne sais plus comment parler aux gens ? Comment dire que tout est redevenu comme avant : triste et silencieux ? Je ne sais pas quoi dire, moi, à ceux qui voient que ça ne va pas. Je n’ai pas envie de sourire. Je n’ai pas envie d’être ici. Mais voilà, je suis là, et pour l’instant je me débrouille comme je peux, comme un orage au milieu d’éclaircies.

Publié dans Vie, Divers

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