Un mur face au monde : quelques regrets perdus dans mes carnets.

Publié le par Gabonia Maria Madeus

 

      Des fois, je regarde les gens, je regarde la vie qui s’écoule par la fenêtre, dans les rues en fourmilière, ou à travers mon petit écran d’ordinateur, longue-vue sur l’autre bout du monde… Je vois tant de belles choses, et j’entends tant de trésors, que parfois, je me mets à regretter ma propre vie. Rien à voir avec une quelconque envie de ne pas exister… Juste une envie d’exister autrement.

 

      Je regrette de ne pas avoir ce grain de folie qui fait faire de belles choses. J’ai toujours cette furieuse envie de * faire bien *… La plupart du temps, c’est un atout, parce que je m’engage, je prends les choses à coeur, et j’essaye de faire du mieux que je peux… Mais, après deux ans passés dans un groupe d’artistes fous (dans le bon sens du terme), en écoutant mes artistes favoris, et en voyant la vie qui se déroule devant moi, je me dis que, peut-être, il me manque quelque chose. La petite étincelle, les couleurs… Le petit grain de folie. Je me sens être comme un oiseau qui ne saurait pas voler, comme un plat pas du tout assaisonné, ou comme une bougie qui ne peut s’allumer. Et c’est, de bien des manières, un peu triste. Vouloir bien faire, c’est s’éteindre un petit peu… J’admets, bien sûr, que c’est un de mes plus grands défauts. J’ai tendance à rester dans ma zone de confiance, et je n’essaye les choses que si je me sens capable de les réussir à la hauteur des espérances (les miennes et celles des autres), avec ou sans travail. Alors, oui, j’ai sans doute éteint quelques unes de mes étincelles en chemin…

 

      Et, c’est bête, mais cela rejoint un autre de mes regrets… Le sentiment d’être moyenne dans tous les domaines qui me sont chers. Artistiquement parlant, évidemment, mais dans d’autres parties de ma vie aussi. Le sentiment de n’être ni bonne, ni mauvaise, ni remarquable, ni quoi que ce soit. Je chante bien, j’écris bien, je joue bien de mes instruments, je dessine bien, mes peintures sont jolies. Vous me direz : n’est-ce pas suffisant, déjà, de savoir faire ces choses-là ? Oui, c’est bien. Mais il y a peu de choses qui me rendent fière (il y en a quelques unes, je vous promets). Et je sais que j’ai ce sentiment d’être moyenne parce que je me l’inflige à moi-même. Parce qu’on ne peut être moyenne qu’en comparaison à autre chose… Des fois, je ne peux pas écrire, parce que j’ai lu quelque chose de bien meilleur que tout ce que je pourrais espérer écrire. Des fois, je ne peux pas dessiner, parce que je vois toutes ces œuvres magnifiques, qui représentent des inspirations, un idéal artistique, que je n’atteindrai jamais. Et plus récemment, j’ai du mal à composer réellement, parce que ce que je fais est bien pâle, par rapport à tout ce qui m’inspire. Alors, oui, je sais que je m’inflige à moi-même cette plaie de comparaison, qui me bloque…

 

      Tout ça, ça vient du mur que j’ai dressé face au monde, que je ne laisse jamais tomber. C’est exactement ça. J’ai l’impression d’être enfermée dans mon image de fille qui fait les choses bien, et qui n’est ni très bonne, ni parfaitement mauvaise, qui fait juste les choses bien. Comme une petite forteresse dressée entre moi et les autres, un mur de protection tenace. C’est la même chose dans mes relations, amis, amours. Y’a toujours ce mur. Plus ou moins épais, selon les personnes; plus ou moins hermétique, selon les jours; plus ou moins haut, selon l’histoire. Et c’est devenu difficile à gérer, parce qu’à chaque fois que quelque chose peut être douloureux, le mur est si épais que je ne peux même pas en parler. Quitter mes amis il y a quelques semaines a été douloureux, et l’est toujours… Mais j’avais anticipé, et j’ai dressé la forteresse assez tôt pour ne m’effondrer qu’entre les 4 murs de mon chez-moi. Et je sais que je le fais, j’en ai conscience, et je fais ce que je peux pour lutter. Je n’ai pas fait les mêmes erreurs qu’auparavant, et j’ai tout de même profité de la nostalgie en leur compagnie. Mais je réalise que le mur est là, et que je ne m’en débarrasse jamais vraiment… Et je me surprends parfois à me dire que je ne saurais jamais baisser la garde assez pour me laisser aller à papillonner avec quelqu’un. C’est ce qui me fait peur. Et c’est un de mes regrets.

 

     Parfois, je regarde la vie qui s’écoule sous mes fenêtres, les gens qui fourmillent dans les rues, qui attrapent mon regard perdu… Et je pense à mes regrets, je panse mes plaies, et me penche vers la beauté des choses; j’écoute la musique qui m’apaise, je regarde le bleu du ciel, je respire l’air frais des nuits d’été… Rien à voir avec un quelconque regret d’exister… Juste le regret de ne pas exister autrement. De ne pas savoir danser avec le vent, ou se laisser porter par le souffle de la vie. Le regret de ne savoir que la regarder passer, sans jamais y mettre un pied.

Publié dans Vie, Divers

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