Ce soir, la musique n'est pas là.

Publié le par Gabonia Maria Madeus

    Ce soir, la musique n’est pas là. C’est très étrange, car depuis 2 jours, plus rien n’est là. Je me sens vide, incapable de recevoir ou de donner, incapable de ressentir ou de créer. Et comme le silence me pèse, je m’y enferme, comme pour lui dire de m’enlever et de ne plus jamais me lâcher. De souvenirs en souvenirs, je pèse aussi mes mots. Ceux que je ne dis pas, ceux que je dis en trop… Depuis toujours on me dit bavarde et brillante… Pourquoi suis-je donc la seule à me sentir creuse et invisible ? Je me rappelle de ces fois où l’on m’a dit que je parlais trop, et que je n’écoutais pas les autres. Je me rappelle ces fois où l’on m’a dit que l’on ne m’écoutait plus, et que j’étais devenue le bruit de fond qui remplaçait l’écho de la radio. Et ce soir, alors que je voudrais tant parler, je ne sais pas vers qui me tourner… De peur de devenir ce bruit de fond insignifiant. Ce soir, alors que j’ai envie de hurler depuis 2 jours entiers, mes lèvres restent closes, et ma voix ne peut pas chanter. Je ne suis même pas sûre d’être capable d’accepter les petites attentions que je voudrais tant recevoir. Ce soir, alors que je voudrais pleurer, mes yeux restent consciencieusement ouverts, et fiers, rivés sur mon écran. J’évite l’effondrement. Je sais que si je pleure maintenant, la nuit sera longue, et demain morne. Ce soir, alors que je voudrais tant changer d’air, la musique n’est pas là.
    Depuis des mois, je me sens si invisible et inutile… Et je me sens petit à petit mourir à l’intérieur de moi-même. Je voudrais parler, avoir des discussions passionnantes et passionnées sur la vie et sur toutes ces choses dont je n’ai rien appris encore. Je voudrais entendre les rêves, et les espoirs, autant que les noirceurs et les déboires de ceux qui voudront m’offrir leurs mots. Je voudrais les entendre et être à leurs côtés, puis à mon tour offrir mes secrets… Je voudrais parler et avoir cette sensation si importante d’être prise en compte… Paradoxalement, j’ai toujours peur de dire ce que je ressens, de dire ce que je pense… C’est toujours comme si mon avis n’était pas bon, et ne valait pas la peine d’être énoncé. Et si l’on me porte de l’intérêt, j’ai toujours peur de décevoir, peur que l’avis que l’on me demande soit si fade par rapport au sujet de la discussion… Je voudrais parler, confier toute mon âme, et dire « je t’aime »… Mais je me sens toute petite, si peu désirable, que ces mots ne passent jamais la barrière de ma bouche, qui s’étire pourtant en sourire quand elle parle d’amour.
    Est-ce que l’on peut guérir de cela ? Est-ce qu’un jour on arrive à dépasser cette sensation irritante de vide ? Combien de temps peut-on survivre lorsque les mois et les années se suivent et continuent de se ressembler ? Ils se ressemblent encore, parce que je n’ai jamais trouvé la force de surmonter les doutes et les peurs… Et malgré la douleur qu’ils me portent au coeur, je continue mon chemin en essayant d’oublier… Mais ce soir, la musique n’est pas là, et mon coeur peine à battre. Il bat dans le vide, inutile, mais je sais bien que c’est là la seule preuve que je ne suis pas un robot… C’est au moins rassurant de ce côté là. Ce soir, et depuis deux jours, le vide me creuse. Je dors sans dormir. Je mange sans manger. Je n’en ressens pas le plaisir. C’est presque comme si j’étais déconnectée de mes propres sensations… Je me sens vide, et pourtant j’ai tellement de doutes et de petits riens qui se bousculent dans ma tête… J’ai l’impression que je ne fais pas assez, je culpabilise d’être comme je suis sans savoir exactement pourquoi… J’ai peur de tout, peur d’être ridicule, peur de l’avenir, peur de ne pas réussir à trouver ma place dans toute cette vie qui se déroule devant moi… J’ai l’impression de faire les choses pour de mauvaises raisons, et je culpabilise parce que beaucoup de gens interprètent mes actions en me prenant pour une belle personne… J’ai la sensation horrible de brasser de l’air avec mes chansons, et mes petits dessins, et mes petits textes auto-centrés… Est-ce qu’on peut guérir de cela ? Est-ce qu’un jour je me sentirai assez légitime pour oser demander à ce que l’on regarde ce que je fais ? Est-ce qu’un jour je me sentirai assez bien pour oser aller vers quelqu’un et lui tendre la main ? Est-ce qu’on peut dépasser le vide, et est-ce que le poids dans la poitrine disparaît ?
    Ce soir, non, la musique n’est pas là… Et d’ordinaire, quand rien ne va, je chante, parce que ma voix est sans doute la seule à pouvoir exprimer un peu ce que je ressens… Mais ce soir, mes lèvres restent closes et aucun son ne s’en échappera…

 

    Parce que je ne peux pas ce soir remplir à moi seule tout ce silence dans ma nuit noire,
    Parce que je ne peux pas ce soir remplir à moi seule tout ce vide face au miroir.
    Et si vous m’entendez tout à l’heure chanter,
    Je ne serai qu’un bruit de fond à oublier.

Publié dans Vie, Divers

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