Un Songe.

Publié le par Gabonia Maria Madeus

             Je ferme les yeux. Le noir est complet, et j’entends seulement, à quelques pas de moi, ta respiration lente. Moi-même, je souffle. Je ne peux pas dire que je n’ai pas de peine, non. Car il m’est si difficile de fermer les yeux, te sachant juste à côté. Oui, je suis peinée. Peinée parce qu’il ne m’a jamais été donné une seule histoire à vivre, et que celle que j’imagine restera seulement un songe docile et vague, qui se confond à toutes mes pensées. Alors, je ferme les yeux, et j’ignore les autres, j’ignore la vie de la pièce, les lumières jaunes et les meubles usés, et j’écoute seulement ta respiration juste à côté. J’essaie de calmer ma raison, qui s’agite dans son cocon. J’essaie de la calmer un peu, pour oublier la panique que m’offre l’illusion de quelques jours heureux. Je dis « panique », mais en y repensant, je souris dans le noir. Ces quelques rêves ont été les plus doux, comme de jolis bonbons sucrés, qui nous laissent en bouche une acidité dont l’onction pourtant nous ravit. Mais j’ai bien trop vite escaladé ces marches délicates vers les étoiles illusionnées et la chute me semble inévitablement longue. Et lorsque mes mains quittent l’échafaudage, et que mon corps répond à la gravité, là, alors, je me mets à paniquer. Car il n’y a plus rien à inventer, et ma raison, si naïve, n’a plus rien à penser. Alors je ferme les yeux, et j’écoute ta respiration qui berce mes illusions encore un peu, encore un instant de plus. Je ferme les yeux, en oubliant que tu es toi, et en n’étant plus sûre d’être vraiment moi. Je concentre toute mon attention, sur les sons de ton souffle, j’entends comme tu aspires à vivre, et comme le vent qui souffle en pleine tempête, comme tu expires. Je ferme les yeux, en attendant un instant de répit, un tout petit moment de plus en ta seule compagnie, juste une seconde encore d’oubli. Car il est vrai que la réalité m’attriste, mais qu’il me devient difficile d’y résister. Oui, je suis attristée… Attristée d’avoir songé un instant que tes yeux pourraient voir ce que les miens ne peuvent imaginer. Attristée de m’être laissée emporter par le flot des songes, de m’être laissée distraire si aisément par ces sentiments qui, aussi futiles et arbitraires soient-ils, encombrent mon raisonnement… Attristée, parce que j’ai vu ma volonté s’envoler aussi haut que mes idées, tout en piétinant ce qu’il me restait de dignité. Alors oui, encore un instant, je t’en prie, je ferme les yeux. Je ferme les yeux et m’enferme dans ce noir absolu, ou je souffle ma peine. Oui, je suis peinée. Oui, et la panique s’en est mêlée. Alors mes yeux resteront encore fermés, et mon corps écoutera tes gestes de l’autre côté de la pièce. Et il me sera encore difficile de ne pas m’en aller rêver. Car, même peinée, mon inquiétude toute entière sera dirigée vers ce bout d’organe qui bat et se démène. Dans ma poitrine, vaine, je calmerai mon cœur. Tout petit, tout fragile, mon cœur, qui oublie encore qu’il n’y a pas de pire labeur que celui qu’il s’impose. Je calmerai ce cœur dont l’élan surpasse celui de la raison, surpasse les illusions et continue de battre avec passion. Car il entend le tien, qui bat sans prétention. Et comme un tonnerre qui se rêve écho, il ne comprend pas que déjà, ses battements sont plus tonitruants et plus affolés, et qu’il est le seul à rêver, car jamais le tien n’a tressauté.


            Alors je ferme les yeux. Le noir est complet, et j’entends ton souffle lent, ta respiration mesurée. Je ferme les yeux, et je m’octroie une dernière fois le plaisir du rêve, et la volonté de l’oubli. Je me laisse encore un peu bercer par l’idée que nous pourrions être seuls, et nos pensées dirigées vers la même étoile. Encore une toute petite parcelle d’illusion, où je pourrais entendre ton souffle s’alourdir, et où mon cœur, à peine peiné, pourraient écouter le tien l’appeler. Oui, s’il te plait, laisse-moi une dernière fois penser que mon âme ne s’est pas trompée, et qu’elle n’est pas la seule dans les étoiles à s’échapper… Je ferme les yeux, le noir est bien complet. Et en écoutant ta respiration, je ne peux m’empêcher d’imaginer, malgré tout et malgré ma raison me poussant à m’éveiller, que ces trois petites perles d’électricité qui parcourent ma joue sont bien tes doigts frêles et fous, qui m’offrent, une dernière fois, les remous d’un rêve, un dernier trépas.

Publié dans Nouvelles, Divers, Vie, Poésie

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