A Vol d'Oiseau...

Publié le par Maria Madeus

« A vol d'oiseau, je suis sûrement à des années lumières du monde réel. »

Plus elle avançait dans l'eau glacée, plus le vent soufflait et cognait son visage avec violence. Plus elle avançait, et plus elle semblait enfin vivre. Quelques centaines d'oiseaux volaient autour d'elle et rien n'aurait pu la sortir de ce rêve. Tandis que ses jambes, dans l'eau jusqu'au dessus des genoux, se glaçaient, ses yeux découvraient un nouveau paysage. Les oiseaux qui volaient, le crépuscule, la liberté. Personne. Non, personne n'était là, et personne ne pourrait la retenir. Personne ne se rendait compte. Sans doute les oiseaux comprendront, eux. Elle n'avait plus aucune raison de sortir de l'eau. Elle aimait que le froid gèle sa peau, elle aimait que le vent caresse son cou et chasse ses cheveux loin de son visage, elle aimait que le vent murmure à son oreille tous les mots doux qu'elle n'a jamais entendu. Aujourd'hui, et pour toujours, elle vivait. Enfin. Il n'avait fallut qu'une étincelle, qu'une petite flamme pour que son coeur ne s'échauffe et devienne brûlant. Il ne lui avait fallut qu'une chance. Une seule petite chance, et tout était devenu possible. Plus elle avançait dans l'eau glacée, plus son coeur s'ouvrait, et plus ses larmes coulaient. Pleurer. Jamais elle n'avait osé. Mais ici, personne ne l'en empêchait. Son égo ne comptait plus, sa fierté ne comptaient plus, elle était seule. Personne ne pourrait la voir. Personne ne pourrait voir sa faiblesse. Ici, personne n'existait, elle était seule, elle était unique, elle était reine. Reine sans aucun sujet. Reine sans roi. Reine sans héritier. Reine sans paillettes, reine sans couronne. Elle était juste... reine pour elle-même. Dans ce monde où elle aurait souhaité vivre, celui qu'elle imaginait, celui dont elle rêvait, elle pouvait bien être la reine, cela ne changerait rien. Ce monde tournait sans elle, ce monde était libre de se gouverner lui-même. La reine ne pouvait être qu'une décoration. Elle osait encore avancer dans l'eau gelée, recouvrait son corps entier, et sa peau semblait de marbre à présent, comme changée par le froid polaire qui règnait ici. Incassable. Elle ne l'était désormais plus. Le marbre est fragile, et rien ne peut dissuader quelqu'un de le casser. S'il n'est pas joli, tout est permis. C'était la réalité qu'elle essayait de fuir. Si l'objet est incommode, alors il faut s'en débarrasser. Dans la bulle dans laquelle cette ingénue s'était enfermée, les truands qui répandaient ce mensonge ne l'atteindront jamais. Protégée d'innocence et de liberté, si elle restait, elle n'aurait pas mal. Peut-être certains maux la toucheront. Peut-être la solitude. Peut-être l'ennui. Peut-être...

Milles pieds sous l'eau glacée, coulait peu à peu la jeune reine de ce monde sans défaut, tandis que peu à peu l'adolescente revivait à nouveau.

« A vol d'oiseau, j'étais sûrement à des années de me rendre compte de ce que je faisais... »

Publié dans Nouvelles

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