Nuances et variations - Albâtre

Publié le par Gabonia Maria Madeus

Nuances et variations - Albâtre

Albâtre.

 

C'était lancé. Le bleu céruléen avait giclé sur le blanc parfait de la toile. L'artiste, une jeune femme aux allures étranges, se recula et examina la tâche. Hochant la tête, elle se tourna vers la table et chercha parmi la multitude de couleurs qui s'offraient à elle celle qui conviendrait parfaitement. Elle avait placé dans des pots en verre quelques dizaines de couleurs qui ne se trouvait pas en tube et qu'elle avait donc fabriqué elle-même. Son regard s'illumina, et elle tendit la main vers un bocal marqué « Glauque ». Elle plongea son pinceau à l'intérieur et écrasa la couleur sur la toile en un geste déterminé. Elle se recula de nouveau pour contempler la toile, puis se tourna encore une fois vers la table.

Un bruit de pas résonnait dans la pièce, mais la jeune femme, trop concentrée pour remarquer quoi que ce soit, ne réagit pas. Arriva un jeune homme, très grand et mince, au crâne rasé, habillé d'un costume noir. Un sourire s'étira sur son visage tandis qu'il regardait l'artiste en pleine réflexion.

- J'y crois pas. C'est une blague ? Lança t-il.

La jeune femme se retourna vivement, et ses yeux s'écarquillèrent en voyant de qui il s'agissait. Elle semblait surprise.

- Tu m'as encore oublié, dit-il amusé.

- Pardon, Hugo. Pardon, je suis vraiment désolée..., s'excusa la jeune femme avec un regard paniqué, en s'avançant vers le jeune homme.

 

Hugo se mit à rire et l'embrassa sur le front avant d'aller prendre une chaise pour s'asseoir à côté de l'oeuvre inachevée.

- Tu finis ça et on va boire quelque chose en bas ?

- Je ne vais pas finir ça maintenant, mais je vais encore y travailler un peu, répondit-elle. Mais je crois que le bar d'en dessous est fermé vu qu'Alexis est parti chez sa mère pour Noël.

- Il a une mère, Alexis ?

La jeune femme regarda Hugo, un sourire en coin dessiné sur son visage, se retenant de rire aux bêtises de son ami. Elle se mit dos à lui, et face à la table, pour chercher une autre couleur qui contrasterait le glauque et le céruléen appliqués plus tôt. Elle passa son regard sur tous les bocaux et en pris un dans chaque main. Elle fit volte-face pour se trouver face à Hugo.

- Carmin ou... Queue-de-renard ?, demanda t-elle.

- Queue-de-renard, évidemment.

Elle ouvrit le pot et prit un plus petit pinceau pour le plonger à l'intérieur. Elle esquissa quelques traits par dessus le glauque et le céruléen, plus concentrée que jamais.

- Tu sais que cette couleur s'appelle aussi Amarante. Queue-de-renard, c'est un... un... Un surnom, quoi.

- Ah. C'est marrant, l'amarante, fit remarquer Hugo, non sans être fier de la blague qu'il pensait faire. C'est drôle, hein ?

- Pas tellement, non. Je ne remarque qu'une seule qui n'ai pas changé chez toi, Hugo, c'est ton humour toujours aussi merdique.

- Pardon ?, rétorqua t-il. Qu'entends-je ? Qu'ois-je ? « Humour merdique », est-ce bien ce que tu as dit ?

- Assurément.

- Il est de mon devoir de vous avertir que je vais vous recouvrir des couleurs caca d'oie et  feuille morte !, cria t-il en s'emparant de deux pots de peinture.

La jeune artiste, affolée, lâcha son pinceau et se mit à courir dans toute la pièce pour échapper au nouveau peintre fou, qui avait plongé la main dans un des bocaux, et qui s'apprêtait à lancer une grosse dose de peinture sur son amie. Il reposa cependant le pot et de l'autre main, il réussit à ouvrir le second et à prendre une autre dose de peinture de l'autre couleur. Il s'avança d'un air menaçant vers l'artiste, prêt à lui jeter à la figure les deux immondes couleurs. Elle tournait autour de la table, affolée, et complètement surexcitée par le jeu qui venait de s'installer. Ses cheveux collaient à son visage, et ses yeux étaient rieurs.

Rouge écarlate, la jeune fille riait comme jamais elle n'avait rit, lorsqu'Hugo se décida à lâcher sur elle ses deux couleurs.

C'était lancé. Les deux couleurs avaient atterri sur la toile quand la jeune fille s'était baissée. Éclatant de rire, Hugo s'avança vers la toile tandis que la fille, se marrant encore plus, se retournait vers son oeuvre salie.

- C'est pas plus mal comme ça, en fait, remarqua l'artiste.

- Le caca d'oie et le feuille morte se marient super bien avec ta queue-de-renard. Je crois que tu tiens un truc, là, Dani.

- Je crois sérieusement que je vais laisser ça comme ça. Je vais l'appeler « Le Vécu ». Ce serait un peu genre les couleurs de ma vie, tu vois, j'ai laissé transparaître mes émotions à travers les couleurs, expliqua t-elle sur un ton qui parodiait largement les artistes pédants qu'elle avait déjà eu l'occasion de rencontrer.

- Ta vie doit pas être jolie-jolie pour avoir mis deux grosses bouzes de caca d'oie et de feuille morte, sur du vert bizarre et du bleu ciel.

- ET queue-de-renard, n'oublie pas !, lança t-elle en riant. Non, mais c'est pour faire genre, répondit-elle. C'est pas sérieux.

- Et ta vie ressemblerait à quoi si c'était une couleur alors ?

Dani regarda Hugo dans les yeux et déposa, rougissante, un baiser sur la joue mal rasée du jeune homme. Ils se regardèrent de nouveau et se mirent à rire. Puis Dani, reprenant de son sérieux, répondit à la question :

- Ma vie ce serait comme une grande lumière blanche.

- Comment ça ?

- Toutes les couleurs en même temps.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article