Les Envolées : Quelques regards.

Publié le par Maria Madeus

I. Quelques regards.

 

     Un grand manteau blanc avait recouvert la campagne. De petits éclats de ciel tombaient et s'ajoutaient à la grande étendue blanche. Les arbres verts avaient perdu leurs feuilles depuis quelques mois, laissant paraître à la vue de tous leur nudité d'écorce. Les chemins, les allées, les sentiers, et les routes des environs étaient devenus invisibles. Le paysage n'était plus qu'une immense parcelle de terrain recouverte d'une mousse aussi blanche qu'un linge qui n'aurait jamais servi. L'endroit semblait mort, intact, comme s'il n'y avait jamais rien eu de vivant sur ces terres. Pourtant, dans la neige fraîche, entre les arbres sans feuille, quelques traces discrètes pouvaient mener tout visiteur à un jeune homme, qui, adossé contre un arbre, semblait attendre quelque chose.

     Le jeune homme, qui affichait une attitude sereine, était blond. C'était un de ces blonds aux reflets clairs, et lumineux, qui éblouissent toutes les âmes environnantes. Il avait de grands yeux verts, comme les feuilles manquantes de l'arbre sur lequel il s'appuyait. Dans le regard vert de ce jeune homme pouvait se lire de l'impatience, agrémenté d'un peu de désespoir. Une de ses paupières était victime de sa nervosité et se refermait plus souvent que sa jumelle. Son teint était pâle et faisait presque écho à la blancheur des alentours, comme si ce jeune homme avait été sculpté dans la neige. Le visage du jeune homme était doux, ovale, avec des traits fins. Son nez était parfaitement bien dessiné, sans aucune imperfection, tandis que ses lèvres fines étaient entrouvertes et laissaient s'échapper, de la profondeur de ses entrailles, un peu de chaleur, qui apparaissait dans le monde sous la forme d'une très légère nuée de vapeur. Ces mêmes lèvres tremblaient, et semblaient frémir d'anxiété, malgré l'attitude calme et nonchalante qu'arborait leur possesseur. Grand et élancé, le jeune homme portait un pantalon noir, qui contrait durement la blancheur des lieux. Il portait également sur lui un manteau épais, qui lui donnait l'air d'avoir de larges épaules. Le manteau, d'un gris foncé, était boutonné de haut en bas, serré à la taille par une ceinture noire, et laissait apparaître au cou du jeune homme une écharpe d'un bleu sombre. Il avait noué ses mains devant lui, ses bras reposant sagement le long de son corps. Aux mains était enfilée une paire de gants noirs, qui ne semblait ni trop grande, ni trop petite. Il avait pour chausses de grandes bottes, probablement de cuir, qui lui permettait de marcher dans la neige sans craindre que le froid n'envahisse ses jambes. S'il semblait tranquille en apparences, quelques détails pouvaient déchanter les plus observateurs. Il suffisait de remarquer la paupière frémissante, son regard rempli d'impatience et de détresse, ses lèvres chevrotantes, et, enfin, le rythme imposé par son pied déchaîné.

     Le jeune homme ne bougeait pas, et le vent déposait sur sa tête et ses épaules, les petits fragments de ciel qui tombaient ce jour-là. Aucun bruit ne perturbait l'endroit, et les odeurs avaient été éteintes par la froideur de ce mois de Janvier, qui recouvrait toutes les terres d'une blancheur parfaite. Les oiseaux avaient migré, et les petits animaux qui habitaient cette partie des terres s'étaient probablement réfugiées dans des petits nids chauds. Cependant, le jeune homme pu distinguer aisément une voix cristalline, venant de derrière les arbres. C'était une voix de femme, brillante et douce, qui semblait encore loin. Pourtant, il n'avait pas eu de difficultés à entendre les paroles prononcées.

- Encore ici, Angus ?

     Angus ne bougea pas, mais ses lèvres s'étirèrent pour former sur son visage pâle un sourire amusé. Son regard s'arrêta un instant sur ses propres pieds, recouvert d'un duvet blanc, puis il se tourna vers la jeune femme qui arrivait. Les yeux d'Angus se mirent à briller, comme s'il regardait les étoiles en pleine nuit et que celles-ci se reflétaient dans ses prunelles. Le regard du jeune homme semblait pourtant plein de tristesse, tandis qu'il regarda la jeune femme qui venait vers lui, comme si quelque chose l'empêchait de savourer pleinement ces instants.

     La jeune femme qui arrivait était aussi pâle que le jeune homme, mais elle affichait un visage coloré de rose. Son visage rond et ses pommettes étaient mis en valeurs par une poudre rose appliquée avec soin sur la peau douce de la jeune femme. Elle avait de longs cheveux bruns, qui ondulaient joliment sur ses épaules. Ses yeux étaient d'un bleu clair surprenant, et maquillés de blanc. Elle affichait, sous son oeil droit, une petite tâche de naissance d'une forme improbable, qui se remarquait dès le premier regard, ainsi qu'un grain de beauté, au même endroit. Ses lèvres pulpeuses étaient recouvertes d'une crème légèrement rosée, qui rendait son sourire encore plus joli qu'il ne l'était déjà. La jeune femme portait une longue robe d'une teinte rouge, agrémentée de fils d'or et de noeuds noirs. Cette robe s'accompagnait d'un petit anneau de tissu, rouge également, placé sur le crâne de la jeune femme et ornant élégamment la tête et les cheveux de celle-ci. Tandis qu'elle marchait, elle tenait fermement sa robe, l'élevant légèrement afin de ne pas trébucher dessus. Sa démarche dans la neige était pressée mais maladroite, ce qui donnait l'impression qu'elle allait tomber à n'importe quel moment. Son buste était recouvert d'un pardessus noir en laine, sur lequel était accroché une petite broche en or, en forme de fleur, et elle avait noué autour de son cou une écharpe rouge. Arrivant vers Angus, elle affichait un sourire ravi, mais ses yeux exprimait l'inquiétude. Elle semblait être hésitante, et n'osait pas s'approcher du jeune homme qu'elle semblait pourtant bien connaître.

     Angus changea de position pour lui faire face, et lui sourit gentiment, la regardant droit dans les yeux. La jeune femme le regarda pareillement pendant quelques instants puis détourna son regard. Le jeune homme sembla s'amuser de cette réaction et soupira.

     Le jeune blond observa devant lui l'étang. Celui-ci était entièrement gelé par le froid saisonnier, et seulement quelques canard essayaient encore vainement d'y plonger. La neige avait cessé de tomber, et un petit vent glacial parcourait les feuilles imaginaires des arbres nus. Les traces de pas d'Angus étaient encore visibles sur le manteau blanc, mais s'arrêtaient rapidement, effacée par la neige qui avait eu le temps de les recouvrir. Au dessus d'Angus et de la jeune femme, le ciel était encore blanc, ce qui pouvait laisser penser qu'il neigerait encore.

     Angus et la jeune femme s'observaient silencieusement, les yeux dans les yeux. La jeune femme osa timidement poser sa main sur celle d'Angus, qui reposait sur ses genoux. Il la regarda et lui sourit avant de baisser pudiquement les yeux vers la mousse blanche du sol. Le jeune homme soupira, et la jeune femme retira sa main. En un petit soupire triste, Angus leva les yeux vers elle, et fixa son regard dans le sien. Passionné, il scruta son visage, et prit une grande inspiration avant de baisser les yeux, un sourire ironique aux lèvres. La jeune femme émit un petit rire mélodique et croisant ses bras contre sa poitrine.

 

 

- A suivre.

Publié dans Les Envolées, Nouvelles

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