Les Envolées : Quelques mots.

Publié le par Gabonia Maria Madeus

 

II. Quelques mots.

 

 

Soudain, des petits bruits se firent entendre. Des bruits de pas et d'étoffes froissées, de souffles et de rires oubliés.

Angus releva la tête et vit apparaître au loin une autre jeune femme, accompagnée d'un homme. Ils marchaient tous deux main dans la main, avec un petit sourire aux lèvres. L'homme pâle, et avait de beaux yeux bleus. Ses cheveux mi-longs étaient roux et quelques mèches rebelles lui tombaient dans les yeux. Son nez était un peu tordu, et son sourire de travers. Il semblait avoir été frappé sur le côté droit de son visage et avoir été défiguré par ces coups. Il portait une chemise noire, par dessus laquelle il avait revêtu une cape brune qui semblait lui tenir chaud. Il avait un pantalon d'une couleur brune un peu plus clair que celle de la cape. Le jeune homme portait des bottes noires, lacées avec des lacets de cuir marron. Tenant la main de la jeune femme qui était à ses côtés, il semblait très heureux : son regard était celui de quelqu'un qui n'a pas d'ennuis. La jeune femme, elle, malgré son sourire radieux, semblait moins heureuse que son ami. Ses cheveux blonds bouclés descendaient en cascade sur ses épaules et dans son dos. Ses yeux verts étaient fixés sur Angus, qui la regardait également. Ses joues étaient roses, et ses lèvres, étirées en un petit sourire confus, étaient, elles aussi, teintées de rose. Elle portait une robe bleue, légère, avec un bustier recouvert de belle dentelle blanche. A ses poignets, la jeune femme portait deux bracelets argentés, incrustés de pierres précieuses : un d'émeraude et un de saphir. Ses mains étaient enfermées dans des gants blancs, qui devaient lui tenir chaud. La jeune femme semblait très proche du grand roux qui était arrivé avec elle, mais ses yeux restaient ancrés dans ceux d'Angus.

Angus baissa la tête, et s'éloigna des trois personnes qui l'avaient retrouvé, en leur tournant le dos. Il regarda l'immense étendue de neige qui se trouvait devant lui. Tous les arbres avaient perdus leurs feuilles, mais jamais ils n'avaient parus aussi vivants. La neige qui les recouvrait, aux yeux d'Angus, donnait à ces arbres un petit côté magique. Depuis qu'il était enfant, Angus aimait la neige, et la trouvait magique. Comment tous ces petits flocons qui tombaient du ciel, ces petits cristaux minuscules et si fragiles, pouvaient-ils faire d'un paysage triste quelque chose d'aussi beau ? Comment ces arbres qui semblaient morts sans leurs feuilles pouvaient-ils paraître renaître avec cette neige ? Comment quelque chose d'aussi froid que la neige pouvait-elle donner l'impression à Angus d'être dans un environnement chaleureux ?

Angus se retourna vers les trois personnes, qui se tenaient toutes côte à côte. Il semblait au jeune homme qu'ils avaient toujours été comme cela, côte à côte, en face de lui, les pieds dans la neige.

- Tu devrais rentrer, lui dit la jeune blonde en avançant vers lui.

- Esther...

- Tu vas attraper froid, ajouta l'autre jeune homme en souriant.

- Meir, je...

- On ne veut pas te voir malade, Angus, c'est tout, expliqua la brune avec un regard triste. Rentre chez toi.

- Vous ne comprenez donc pas ?, s'exclama Angus. Vous ne comprenez pas que je ne peux pas rentrer chez moi ? Où voudriez-vous que j'aille ?

- A la maison, répondit doucement Esther.

- Je n'ai plus de maison, Esther, si je ne t'y retrouve pas. Je n'ai plus de chez moi, Geillis, si tu n'es pas là... Et je me fiche d'attraper froid, Meir, si tu ne peux pas te moquer de moi... Tout a changé. C'est si difficile à comprendre ?

Geillis, la jeune femme brune, s'avança vers Angus et l'entoura de ses bras, tout en posant sa tête sur le torse du jeune homme. Meir s'avança près d'Esther et lui prit la main. Angus ne réagissait pas. Il se contentait de regarder les milliers de petits flocons tomber du ciel, comme s'il n'y avait que cela à voir.

- La... La dernière fois qu'il a neigé, ici, on était là... Sous ces arbres.... On était là, et on se lançait des boules de neige, et on était rentrés trempés. La dernière fois qu'il a neigé, vous étiez avec moi...

- On est encore avec toi, Angus, lui souffla tendrement Geillis en resserrant son étreinte. On est toujours avec toi.

- C'est faux ! C'est faux... Je suis celui qui reste. Vous êtes partis et je suis seulement celui qui reste, s'écria t-il en s'écartant. Arrêtez de venir, arrêtez de me mentir. Je vous vois, je vous entends, mais je sais... Je sais que vous n'êtes pas là. Je sais que vous êtes partis. Arrêtez !

- C'est toi qui nous fais venir, expliqua Meir. Il ne tient qu'à toi de nous laisser nous en aller.

Angus regarda le sol recouvert de neige, puis leva les yeux vers le ciel qui laissait tomber sur lui des milliers de petits flocons, qui atterrissaient sur son visage, piquant sa peau d'une froideur insupportable. Il ferma les yeux, son visage tordu par la douleur de l'instant. Il prit un grand bol d'air, et expira calmement. Enfin, il se retourna.

Devant lui, le chemin était toujours recouvert d'un manteau neigeux, mais celui-ci était intacte. Aucunes traces de pas, sinon les siennes, ne troublait la perfection de l'étendue blanche. Elle était lisse, sans aucune tâche, belle et brillante. La neige recouvrait tout, elle cachait les feuilles mortes, les terrains boueux, les petites imperfections du monde tel qu'Angus le connaissait. Le jeune homme se mit à marcher vers le château qui se voyait tout au bout du chemin blanc coincé entres les arbres enneigés.

 

 

- A suivre

 

Publié dans Nouvelles, Les Envolées

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