Nino (2)

Publié le par Maria Madeus

II. La Prière.

 

     Nino avait disparu il y a de cela cinq ans. Mais Nino et moi étions proches, et il ne suffisait pas que l'un disparaisse pour que l'autre oublie. Je me rappelais toujours de l'instant où nous nous étions dit « Dans dix ans, jour pour jour, nous nous retrouverons devant cette belle église que nous aimons regarder tous les deux, juste devant, là, quoi qu'il arrive. ». C'était le genre de promesse que Nino faisait. Et c'était le genre de promesse que je croyais, et que je respectais. Je me souviens de ses yeux qui brillaient, et de son sourire, devant l'église, la même que celle de la promesse, et la même que celle devant laquelle je me trouvais, et où j'avais cru le voir il y a quelques instants seulement. Ses mots étaient vrais, et sa parole sincère, ce jour-là. Mais sa disparition, cinq ans après cette promesse, et cinq ans avant ce jour de retrouvailles supposées, m'avait fait douter. Se souviendrait-il de cette histoire ? Viendrait-il me retrouver ?

     J'étais pleine d'espoir, mais je n'osais pas me réjouir. Lorsque Nino était parti, il n'avait laissé aucun mot, aucune note, aucun indice. Personne n'a jamais su ni pourquoi, ni comment, ni où Nino s'était volatilisé. Le jeune homme n'avait qu'une grande soeur encore en vie, et elle avait laissé tomber les recherches au bout de deux ans. J'étais la seule à le croire toujours en vie, à l'espérer toujours en vie. Seulement je commençais à être fatiguée d'espérer autant.

     Assise sur ce banc, dans cette église, je me mis à penser que peut-être ce Dieu, auquel tous ces gens croyaient, m'accorderait le bonheur de revoir enfin Nino. Je n'étais pas croyante. Je doutais qu'un Dieu puisse exister et guider nos vies. Il me semblait tout à fait impossible que quelqu'un puisse, là-haut, écrire notre histoire, et dicter nos destins. Seulement, en cet instant, j'espérais que je me trompais. J'espérais que pendant vingt-six ans, j'avais commis la grave erreur de penser que Dieu n'existait pas, et qu'il me pardonnerait et m'enverrait Nino. Alors, l'idée de prier fit irruption dans ma tête, comme jaillissant de nulle part, mais provenant secrètement d'un coeur rempli d'espoir. Comme je ne savais pas comment faire, je me mis à prononcer quelques souhaits, un peu maladroits et hasardeux, et en faisant preuve d'une gentillesse et d'une politesse irréprochable.

     - S'il vous plait, si quelqu'un là-haut peut nous guider et nous aider, si quoi que ce soit de supérieur existe et m'entend... Ramenez-moi Nino. Je n'ai jamais cru en Dieu, et j'ai toujours pensé que c'était idiot de prier ainsi, mais aujourd'hui je comprends ces gens qui veulent garder espoir. Je comprends ce qui pousse tellement de gens à croire que quelque chose peut les aider... Je comprends qu'on puisse croire aux miracles. Je comprends et je voudrais que l'on me pardonne pour avoir tellement ri de ceux qui y croient... Parce qu'aujourd'hui, je veux qu'on m'aide moi aussi. Je veux un miracle. Je veux retrouver Nino. S'il vous plaît. Je veux encore croire aux promesses, je veux encore espérer, et être heureuse d'espérer... Alors, s'il vous plaît, ramenez-moi mon ami.

 

     Une heure plus tard, Nino était toujours absent, et personne n'avait répondu à mon appel. Soudain, des pas se firent entendre dans l'église. En levant la tête, je pus apercevoir quelqu'un que j'identifiais comme étant un prêtre, qui vint à ma rencontre en souriant. Il s'assit à côté de moi et remarqua que quelques larmes venaient de sécher sur mes joues. Il me tendit un mouchoir.

     - Excusez-moi, je vous ai vue attendre pendant plus d'une heure, et chuchoter quelques mots... Voudriez-vous vous confier à moi ?

     - Vous parlez de... D'une confession au confessionnal ?

     - Non, ce n'est pas moi qui m'occupe du confessionnal. En fait, je ne suis même pas un membre de la communauté religieuse. J'aime bien venir ici me reposer. Les églises sont toujours très calmes et reposantes.

     - Oh... En fait, de loin, je vous avait prit pour un prêtre.

     - Ca arrive quelques fois, me dit-il en souriant. Alors, pourquoi priez-vous ?

     - Je... Je ne suis pas croyante, on ne peut pas vraiment dire que je priais... J'énonçais quelques requêtes, au cas où un Dieu pouvait exister, lui répondis-je. En fait, je cherche mon ami Nino. Il y a dix ans, il m'a promit qu'on se retrouverait devant cette église que nous aimions visiter tous les deux... Malheureusement, il y a cinq ans, il a disparu. Du jour au lendemain, plus personne n'a eu de ses nouvelles. Ses affaires n'étaient plus chez lui, et lui non plus.

     - Vous cherchez Nino Lumiet ?, sembla t-il s'étonner.

     Mon coeur se mit à battre à toute allure, comme s'il se réveillait enfin. Cet inconnu connaissait Nino, et j'avais une chance de le retrouver, de le revoir, de le serrer dans mes bras. J'avais enfin cette chance que j'avais tant attendue... J'aillais retrouver Nino.

     L'inconnu, un vieil homme d'une soixantaine d'années se leva.

     - Suivez-moi.

 

 

 

Suite et fin dans les jours à venir.

Publié dans Nouvelles, Nino

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article