Petits détails de mes nuits d'insomnie.

Publié le par Maria Madeus

     Le noir règne dans la chambre, et la chaleur m'étouffe. Ma respiration se fait de plus en plus difficile, et j'ai le souffle court. Pas de bruits, mais pas de silence non plus. Le souffle des respirations ensommeillées berce tranquillement la petite pièce. Aucun rayon de lumière n'éclaire la pièce, même pas un tout petit coin. Des draps se soulèvent, un reniflement retentit, mais tout semble être arrêté dans le temps.

     J'ai chaud. Je soulève ma couette et je mets mes jambes à l'air. J'ai toujours chaud, et l'air que je respire n'arrive plus jusqu'à mes poumons. J'inspire. J'ai trop chaud, alors que je me remets déjà sous ma couverture. J'expire. Je n'ai pas gardé d'air. Je recommence. Je m'essouffle. Qu'est-ce que je dois faire ? J'attrape sur la table de chevet, mon téléphone et le débranche de son cordon d'alimentation. Il faut que je sorte. Laissez-moi sortir ! D'autres dorment autour de moi. Je suis nerveuse. Je ne veux pas réveiller qui que ce soit. Il fait noir. Je vais me cogner. Je n'arrive plus à respirer. Je manque d'air, je manque de fraicheur, je manque encore d'oxygène, je manque toujours de fraicheur. J'allume mon téléphone et éclaire la pièce.

     Je pose un pied sur le sol, puis le deuxième. Avec empressement, et en tentant la discrétion, je sors. Un peu de fraicheur m'entoure, et je me sens un peu mieux. Donnez-moi de l'air maintenant, donnez-moi en ! Finalement, je prends un grand bol d'air. Ce n'est pas encore suffisant. Est-ce que je peux mourir comme ça ? Je me sens mourir. Je bois. Un peu. Rien ne s'arrange. Je bois encore. Ca va mieux. Le temps est toujours arrêté, mais il y a des rires au loin. Une grosse voix. Des rires. Qu'est-ce que je fais ? Tout en haïssant profondément l'univers de m'empêcher et de dormir et de respirer, j'ai patienté quelques instants. J'ai écouté les bruits qui venaient d'en bas. J'ai écouté attentivement. Je voulais savoir qui parlait, qui chantait, qui riait.

     Etat second. Je délire. Je retourne dans la chambre. Je soupire face à la chaleur qui m'assaille. J'essaierai de survivre dans cet environnement hostile à mon sommeil. Je veux vivre en paix. Laissez-moi ! Je suis lasse, et énervée. Tout tourne autour de moi. Ma respiration est lente, insuffisante. Je veux de l'air, donnez-moi de l'air. Donnez-moi de l'air... Donnez-moi... De l'air... Je m'étouffe encore, je m'étouffe toujours. Comment faire ? Arrêtez tout ! Je veux partir. Je veux de l'air, surtout. Si vous avez de l'air, donnez-moi en. Ne gardez pas tout pour vous ! Ayez pitié...

     Etat second. Je me recouche enfin. Couchée, les yeux vers le plafond que je n'aperçois pas, je respire le plus profondément possible. Je respire. Lentement. Je respire.

     Soudain, je me sens partir. Je me sens disparaître dans le néant du sommeil. Je respire toujours lentement. Le temps est en suspension.

     J'ai encore du mal à respirer. Je souffre un peu. Inspiration. Tout va bien. Expiration. Je ne garde pas tout l'air que l'on m'a promis. J'ai mal. Je commence à fermer les yeux. Il fait noir dans ma tête.

 

     J'inspire.

 

     J'expire.

 

     Enfin.

Publié dans Nouvelles

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