Rouge tempête.

Publié le par Maria Madeus

Les gens se croisent, s'aiment, et se quittent.

 

 

Tu m'as dit, un jour, que l'amour, c'était comme le vent. Tu m'as dit que les tempêtes et les passions étaient des choses si ressemblantes qu'il était parfois difficile de les discerner, même si la météo n'a pas de passions. Ce soir là, lovée dans tes bras, j'y ai cru. J'y ai cru parce que j'étais naïve, romantique et rêveuse, et que je n'avais pas envie de me raisonner.

Ce soir là, tu m'as chuchoté au creux de l'oreille que tu m'aimais, et j'y ai cru. J'y ai cru parce que tu étais convainquant, et adorable. J'y ai cru parce que j'avais envie que tu m'aimes, et parce que j'ai entendu ce que je voulais entendre. Et j'ai lu dans tes yeux ce que je voulais y lire, comme si je pouvais décider du contenu d'un livre. Comme si je pouvais remplacer le contenu de ce livre par l'histoire que ma propre imagination propulse dans tout mon corps, l'histoire qui coule dans mes veines, que j'écrirai de mon sang s'il le fallait, que je graverai dans la pierre si je le pouvais... Mais une histoire de coeur ne peut être remplacée par une histoire d'amour.

 

Tu m'as dit, un jour, que la vie n'était qu'une suite de couleurs désorganisées. Et tu m'as dit que c'était à nous de les déployer selon notre bon plaisir, que c'était à nous de faire en sorte que toutes les couleurs de notre vie aient chacune la possibilité de vivre et de rayonner, même les plus sombres. Et moi, ce jour là, je t'ai dit que je t'aimais.

J'ai vu dans tes yeux que tu y croyais. J'ai lu dans ton regard que j'étais la couleurs la plus vibrante de ta vie. J'aurais seulement souhaité ne pas être d'un sombre bleu nuit, envoutant et assommant. J'aurais aimé que ton rouge passion s'accorde à mon bleu nuit. Tu y croyais dur comme fer, je le sais et jamais je ne pourrais t'en vouloir. J'ai lu sur ton visage cette passion affolante que tu ne pouvais pas renier, et j'aurais voulu y répondre. J'aurais voulu t'aimer comme tu l'entendais, et ne pas te décevoir. J'aurais aimé que tu n'aies pas à partir, j'aurais aimé que tu n'aies pas à pleurer pour une histoire qui n'aura, à la fin, jamais existé. J'aurais aimé avoir les couleurs que tu voulais.

 

Et si le vent part dans la mauvaise direction, Denis ? Et si l'amour s'en va avec lui ? Si l'amour et le vent se ressemblent tellement, alors l'amour peut tourner. Les mauvais vents s'en vont, et les tempêtes sont passagères. L'amour se barre, et la passion est rancunière. Un geste nous trahit, et tout s'envole, l'audace nous pique et tout vole en éclat. Un pas en dehors du chemin, un courant d'air qui passe, le vent souffle dans la direction opposée, et l'amour nous quitte comme si nous n'avions jamais rien été. La tempête gronde, souffle, inonde, et s'en va, en nous laissant à charge la réparation des dégâts.

Qui étais-tu ? Qui étais-tu pour me faire ça, à moi ? La passion m'a mangée. Elle m'a engloutie. La tempête m'a emportée. J'ai tellement cru à ce brin d'amour que je croyais voir se refléter dans tes yeux, j'ai tellement cru que c'était un vent qui vivait en toi, doux et savoureux, qui ne se révélait que lorsque j'étais là. Maintenant, je crois comprendre. Ce qui se reflétait dans tes yeux, ce n'était pas le vent qui t'habitait, ce n'était pas ton amour. Non, c'était simplement le mien que je voyais dans ton regard. C'était mon amour qui se reflétait dans tes yeux.

Tu savais.

 

Crois-tu qu'il arrive que les couleurs ne puissent pas s'accorder, Claire ? Crois-tu vraiment que chacun arrive à composer sa vie, de manière à ce que les couleurs s'expriment toutes comme elles le doivent ? Un rouge vise un bleu, un bleu brise un rouge. La vie est peut être une histoire de couleurs à organiser sur une feuille de papier immaculé, mais certaines personnes ne sont pas douées pour la composition. Une maladresse fait s'envoler une opportunité. Un vert délavé fait s'enfuir un jaune étincelant. Un jaune tâché fait fuir un vert brillant.

Pourquoi ? C'est là ma seule question, Claire. Tu as cru que si je savais décrypter tes codes et tes pensées, nous pourrions nous accorder, aussi simplement qu'un bleu et un rouge s'accordent pour faire un violet profond ? Nous ne sommes pas des couleurs, nous sommes des êtres humains. Les accords et les mélanges ne s'effectue pas aussi facilement que sur une palette de peinture. Les couleurs de nos peaux, de nos yeux, de nos cheveux, ne suffisent pas à nous faire nous accorder. La couleur de notre âme est la plus résistante. Ca m'attriste de devoir le dire, Claire. Les couleurs de ma vie ne s'accorderont jamais aux tiennes. Simplement parce que ma couleur dominante, celle de mon âme, ne pourra rien créer de bon avec la tienne.

Je suis désolé.

 

Je ne sais plus quoi penser. L'amour change de direction. Le vent se détourne. Les tempêtes s'éteignent. La passion s'arrête. Dans tes yeux j'ai vu mon propre amour, ma propre passion, et j'ai compris. La seule raison qui t'attache à moi, c'est ça. Cet amour que tu lis en moi, parce que tu en as besoin, et que je suis naïve. Et que j'y ai cru. Si tu n'étais pas seul, dis-moi, pourquoi viendrais-tu vers moi ? Si tu lisais assez d'amour dans les yeux de ceux que tu côtoies quand je ne suis pas là, serais-tu encore là ? Cet amour que je t'envoie et que tu voles, le prendrais-tu si quelqu'un d'autre que moi t'aimais quelque part ? J'y ai cru, pendant un temps, j'y ai cru.

 

 

C'est comme ça.

 

Publié dans Nouvelles

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ophelia 25/04/2013 23:17

merci