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8 articles avec entretemps

Seuls.

Publié le par Gabonia Maria Madeus

 

Entre deux bouquins de poussière, aux pages usées, installés sur une étagère de travers et portant les mots des autres. Entre deux gouttes de pluie, tombée en plein orage sur le bitume gris et froid. Entre deux voitures au passage piéton, devant les bandes blanches tachées par la vie urbaine. Entre deux larmes échappées, à la tristesse passagère, au petit goût salé. Dans le regard des autres. Dans le miroir. Entre deux obscurités, paisiblement installées tout près du petit jour. Entre deux fourchettes, pointées dans la même direction, posées négligemment sur une table face au soleil couchant. Entre deux rayons de soleil, donnant naissance aux arcs-en-ciel à travers l’averse. Entre deux touches d’un piano désaccordé, ostensiblement laissé libre et vagabond. Entre deux sourires, comme deux bijoux précieux et adorés, deux perles de soleil dessinées sur la peau. Entre deux brins d’herbes, en pleine nature, dans les plaines vertes et paisibles de la campagne dorée, en attendant la fin de l’été. Dans le regard des autres. Dans le miroir. Entre deux pages d’un vieux livre de légende, ayant traversé le temps jusqu’aux mains des enfants. Entre deux mélodies, douces et jolies. Entre deux chemins, au creux des arbres de la forêts en entendant au loin la rivière s’écouler lentement. Entre deux coups de pinceaux bien posés, déposant la peinture sur la toile immaculée jusqu’à présent. Entre deux mains tendues, aux petits doigts allongés, ongles rongés ou manucurés. Entre deux bouchées, au petit restaurant du coin, en attendant le pain. Entre deux regards dérobés, cachés, dissimulés, aux « pourvu que personne n’ait remarqué ». Entre deux marches, à la hauteur surprenante et déconcertante. Dans le regard des autres. Dans le miroir.

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Entretemps : Les belles personnes.

Publié le par Gabonia Maria Madeus

          Je les vois. Ils ne sont pas beaucoup, mais j’en vois partout. Les gens beaux. Les belles personnes. Les véritables belles personnes. Celles qui guettent une larme de silence aux coins de tes yeux… Et qui restent te tenir la main quand tu ne penses pas en avoir besoin. Elles marchent sur l’eau, comme si tous les secrets de l’univers tenaient au creux de leurs mains. Elles ont, semble-t-il, le goût sucré de la vie, la douce mélodie des moments de nostalgie sans pour autant l’amertume, tristesse déguisée des jours de pluie. Et toi, tu es là, tout petit, coincé dans ta propre peau, et tu attends. Tu attends, sagement, ou seulement apeuré. Tu restes, tu attends, comme si le temps s’était figé au fond de ta poche. Tu n’es qu’un simple passant, mais tes pieds ne bougent plus, non, tu ne passes plus… Tu penses à ces gens, ces belles personnes qui vont éveiller la ville, comme on dérange la nuit, au moment venu. Tu penses au reflet de la lune au fond de l’étang, le chant du matin quand le petit jour nous revient… Et tu les observes, de ton petit coin de terre caché, de ta petite rue solitaire. Ces belles personnes qui déposent doucement dans le cœur des gens la douceur qu’ils cherchaient depuis tant et tant d’années, qui trouvent en chacun une petite étoile à faire scintiller quand bien même tout espoir avait été abandonné. Moi aussi je suis cachée. Je les vois, être belles, être simplement elles sans comprendre. Je sais que tu attends ton tour. Tu attends. Qu’elles viennent te tendre la main, juste un court instant, juste le temps que la lumière revienne, juste le temps que s’envole la peine… Aux immenses colères, pardi !, se déroberont enfin les doux matins de paradis… Et ta vie, ta toute petite vie sera plus simple, alors… Alors… Tu attends. Que vienne enfin la douceur. Que viennent les étoiles qui scintillent dans les plus sombres moments.

          Et crois-tu, qu’une fois sauvés, nous irons, nous aussi, trouver aux coins des rues, quelques passants la main tendue pour chercher dans leurs yeux quelques étoiles perdues, chantant les jours heureux en attendant, qu’enfin quelqu’un attrape leur main et dépose sur leur chemin quelques perles de douceur pour faire battre leurs coeurs ?

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Deux âmes.

Publié le par Gabonia Maria Madeus

             La rumeur s’est propagée ces derniers mois. Les gens murmurent que la fin du monde arrivera le mois prochain. Et tandis que je regarde, de mon appartement, les lumières de la ville bercer le temps, je songe à ces derniers instants de vie. Il se dit en ville que tout sera soudain, brutal, comme un coup de poing reçu en pleine figure. Je ne sais pas d’où cela vient, mais si jamais il n’y avait pas de lendemain, si jamais la terre ne tourne plus dans quelques jours, alors je veux être prête.

               Alors j’ai pensé à toi. Comme il serait doux de finir la vie entre tes bras. Je n’ai jamais su si je t’intéressais vraiment, mais je n’ai jamais arrêté d’y penser. Tes regards curieux, tes sourires… Et la manière dont tu posais tes mains sur mes épaules. Je ne crois pas que tu avais pleinement conscience du bien que cela me faisait… Mais tu étais suffisamment grand et adulte pour que ta présence me soit rassurante. Ton éternelle inquiétude, qui faisait écho à la mienne. Je n’arrivais jamais à savoir si c’était un jeu tacite auquel nous nous prêtions, ou si c’était seulement pour toi le témoignage d’une amitié platonique…

               Quelques semaines sont passées, et déjà, la science nous a rattrapés. Les prochains jours seront les derniers. Et tandis que chaque être humain se morfond, adresse à sa famille ses aux revoirs tragiques, je marche dans la forêt, seule. Je goûte une dernière fois à la solitude et à l’air frais, aux rayons du soleil sur ma peau, au vent qui boucle mes cheveux. J’entends mes pas sur le sol, le crissement des graviers, le frottement de mes jambes l’une contre l’autre, le grincement des branches, et le murmure du vent dans les feuilles des arbres. Je dis au revoir à la vie, au revoir à la nature, et observe le ciel bleu qui déteint.

               Et je pense à toi. A toutes ces choses que j’aurais voulu vivre, ou dire, même tout bas. Je repense à tes mains dans mes cheveux, tes bras autour de mes épaules, et je me dis que ça ne pouvait pas être rien. Je pense à toi, à ta façon d’être. Je ne sais pas si tu as le temps de penser à moi, dans tout ce flot de panique et cette ambiance d’époque révolue… Je ne sais pas si tu as jamais eu le temps de penser à moi… Mais je ne sais pas si tu avais bien le temps de penser à toi non plus. Et je m’imagine, dans un monde où j’aurais osé t’aborder, blottie contre toi en attendant la fin de l’humanité. Je pense à la douceur de ces instants imaginaires, en plein milieu d’une fin des temps. Je m’imagine comme il serait bon d’être contre toi, même sans s’aimer profondément, même sans se parler vraiment… Juste être tous les deux, dans le noir, l’un contre l’autre, sans penser au reste. Tout serait si doux.

               Et quand l’obscurité aura complètement envahi notre monde, nous serons deux pour y résister. Et quand nous n’entendrons plus que le son de nos cœurs en rythme, nous saurons que c’est à nous d’imaginer tout le reste… Et de nous fondre dans le noir, comme deux âmes qui s’étreignent, enfin... Deux âmes qui s’éteignent, au loin.

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L'aube et le petit jour.

Publié le par Gabonia Maria Madeus

L'aube et le petit jour.

Et qui es-tu, toi, l’aube enfin levée ?

J’ai regardé les couleurs se mêler, comme d’étranges âmes solitaires allant solidaires s’élever dans le ciel. J’ai regardé le ciel, comme si jamais je ne l’avais regardé avant, et j’ai respiré l’air froid qui venait m’entourer. Je voulais pleurer, je voulais crier aux couleurs de m’emmener, je voulais verser une larme en attendant l’aurore auréolée. J’aurais voulu disparaître, me laisser rêver dans les flots colorés, renversée par la beauté des choses. La beauté des choses, des roses, la beauté de l’amour, du toujours, de l’amitié, l’intimité. J’ai fermé les yeux, et j’ai senti, un instant seulement, la griffure sauvage du froid sur mon visage, arracher ma peau, creuser mes cernes, anesthésier mes sens. Et là encore, je voulais crier. Crier au soleil de déjà se lever, crier à la terre d’arrêter de tourner… Le froid s’est insinué dans ma gorge, a frôlé mes paupières, chatouillé le bout de mes doigts potelés. Il a pris ma voix, gelé mon esprit, et laissé mon cœur s’endormir au rythme de l’hiver dominant. La nuit tombait à peine sur ma poitrine gelée, et mes yeux se sont fermés, dans l’attente.

L’aube au loin, a le sourire vengeur d’un souvenir qui se ramène sans prévenir, et le rire charmeur des nuits sombres… L’aube au loin, frêle mais fière. Comme un souvenir, qui sans prévenir, nous revient et nous tend la main. Comme l’image de ses yeux quand il part, la douceur de ses pas quand il tourne le dos, le mouvement de ses cheveux quand il se retourne une dernière fois. L’aube au loin a des allures de départ, et, cristallisée dans mon froid hivernal, je la regarde s’approcher. L’aube au loin a le goût amer d’un souvenir gâché, l’odeur âcre des regrets. Et moi, piégée dans mon froid à la regarder s’avancer, je cherche du regard les yeux qui se poseront sur moi. J’appelle silencieusement, pour que vienne le jour et ces lèvres qui effleureront les miennes. Comme des fourmis me parcourant de haut en bas, je sens mes membres gelés se réchauffer. L’aube si proche s’impose à moi, qui reprend vie. L’aube si proche, et ses regards détournés, ses regrets inavoués, et ses maladresses maladives sans tendresse… L’aube si proche, avide de moi, avide de mon sort et de mes secrets. Je cherche au loin… Je regarde l’horizon, et l’aube qui est enfin là… Je regarde encore une fois les couleurs se mêler et peindre sous mes yeux encore ankylosés la portrait d’un nouveau jour. Le froid n’est plus, mais le cri reste bloqué au fond de ma poitrine, et la question reste suspendue à mes lèvres.

Et s’il n’y a jamais eu de vous, n’y aurait-il donc jamais, pour moi, de nous ?

L’aube enfin levée me libère dans ses couleurs imaginaires, suspendue à l’ombre du froid nocturne, captive encore entre les griffes lunaires de l’obscurité… Le petit jour a des allures de doublure, comme une photo que l’on prend deux fois, pour être sûr. Le petit jour sent l’amertume, et a le triste goût de la douleur qui perdure, comme un lendemain dont déjà on se souvient.

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Entretemps : Soul (Abstraction)

Publié le par Gabonia Maria Madeus

Il n’y a pas de mots suffisants pour le décrire. Il n’y a pas de cris assez fort, pas assez de larme, pas assez de rire… Il m’est impossible de m’en contenter. Alors, j’imagine seulement ce que je dirais si seulement il y avait un Créateur tout puissant au dessus de moi. J'imagine ce que je ferais, si seulement j'y croyais. J’imagine mes mots, mon discours, mes émotions. J’imagine son visage de Divinité ordinaire, qui me regarde en pensant qu’il peut tout faire, alors qu’il ne peut rien. Je me vois à ses pieds, lever la tête, et lui dire le fond de ma pensée.

Prenez-la, je lui dirais. Prenez-la si vous la voulez. Prenez mon âme et faites en des serviettes en papier pour le petit restaurant d’à côté. Elles essuieront les larmes des autres âmes désespérées, elles verront des demandes en mariage, et des ruptures. Elles contempleront les joues roses d’enfants joyeux et de parents émus. Elles goûteront des mets venus d’ailleurs, et aimeront d’autres saveurs. Je lui dirais ça, même s’il rit de moi. Prenez-la. Prenez-la, mon âme. Prenez mon âme et dispersez-la dans l’univers. Réduisez-la en cendres pour qu’elles s’éparpillent sur les étoiles et les comètes. Elles seront bercées par le vide et le néant, et retomberont paisiblement sur notre terre, et je pourrai dire qu’enfin j’ai vu le monde. Oui, prenez-la, mon âme, prenez-la et écrasez-la de toutes vos forces si cela peut vous faire plaisir. Je lui dirais ça.

Et s’il se moque, s’il rit, s’il rit… Vous pouvez rire, je lui dirais. Vous pouvez rire de moi, mais je ne rirai pas avec vous. Vous pouvez aspirer mon âme, arracher mon cœur de ma poitrine, vous pouvez. Que mon âme soit belle, avec ou sans moi, qu’elle aille là où je ne peux aller. Je rêve de quelque chose de plus grand, de plus intense. Je rêve d’immensité dans mes jours les plus sombres. Vous pouvez rire, je lui dirais. Vous pouvez rire, car je n’ai aucun regret. Riez. Je n’ai pas de regret si mon âme continue à rêver, et si mon cœur peut encore aimer. Je n’ai pas peur qu’ils me soient enlevés, si c’est pour qu’ils puissent garder leur pureté. Alors riez.  Je lui dirai ça, même s’il se sent vexé. Riez et arrachez moi toute mon humanité, envoyez la dans la voie lactée, enterrez mon cœur près d’un ruisseau, dans une forêt. Et lorsque mon âme voudra me retrouver, elle n’aura qu’à suivre les rayons du soleil à travers les arbres, ceux dont la lumière est si douce, et si chaleureuse. Moquez-vous si vous le voulez, mais si tout peut ainsi s’arrêter, et si l’âme en peine peut se retrouver au plus profond d’elle-même dans une paix sans pareille, alors il m’est aisé de m’abandonner. Oui, je m’abandonne. Prenez-la, prenez-moi mon âme, arrachez mon cœur, volez moi tout ce que j’ai. Et riez tant que vous le voulez. Riez. Je n’ai que faire de vos moqueriez à présent, car je ne suis plus d’abstraction, je lui dirai. Et puis après, je l’écouterai me dire combien j’ai eu tort, et que je finirai par n’avoir que des regrets. Mais vous avez tort, je lui répondrai. Vous avez tort de le penser, car je ne pourrai plus regretter. Simplement parce qu’au même titre que vous, je ne suis plus qu’une idée.

Publié dans Nouvelles, Entretemps

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Entretemps : Alternatives.

Publié le par Gabonia Maria Madeus

Reunite - Isbells

Je pose ma tête sur ton ventre, et je ferme les yeux. Fais de moi ce que tu veux.

Tes mains, ces mains immenses et belles, pourraient se nouer autour de mon cou. Elles pourraient se refermer subitement et tomber sur moi dans une avalanche de coups.  Tu pourrais prendre la lampe de chevet et l’écraser sur mon crâne. Tu pourrais te lever, et me battre, m’abattre. Tu as cette part d’obscurité en toi, je le sais. Tu pourrais tout aussi bien avoir une arme cachée dans ton tiroir. Il te serait facile de la pointer sur moi. Tu pourrais attraper un coussin et le poser doucement sur ma tête, appuyer jusqu’à ce que je ne puisse plus respirer. Tu pourrais attendre que je m’éteigne lentement, en me regardant suffoquer. Tes mains pourraient attraper mes épaules. Et tu pourrais me jeter contre le mur. Je pense à quel point il te serait aisé de mettre fin à ma vie, à quel point il te serait facile de blesser mon corps et mon âme. Tes mots pourraient être violents et assassins, les insultes pourraient fuser, entrer en moi et me détruire. Je pourrais entendre tout ce que j’ai toujours redouté. Que tu ne m’aimes pas, que tu ne m’as jamais aimée, que tout ce que tu as toujours ressenti était de la pitié. Que je suis bonne à rien, que je suis affreuse et pathétique. Tu pourrais me dire que tous tes malheurs sont de ma faute, que je n’ai jamais rien fait pour toi, que je rate tout ce que j’entreprends, que nous n’avons jamais été qu’un flirt de vacances qui a trop duré. Que tout ce temps, tu as aimé quelqu’un d’autre et que je n’étais là que pour t’amuser. Ce serait tellement simple pour toi de me détruire.

Ma tête repose sur ton ventre et j’ai les yeux fermé. Tu peux faire de moi ce que tu veux.

Tes mains, ces belles mains immenses, se baladent sur mon cou, dans de longues et douces caresses. Elles s’arrêtent soudainement, pour me soutenir, pour que je n’ai pas mal. Tu éteins la petite lampe de chevet et prends ma main pour y déposer un baiser. Tu ouvres ton tiroir, et tu en sors une petite boîte de chocolats, et, tu me la tends. Je prends un chocolat, et l’avale, puis tu ranges la petite boîte après avoir choisi une friandise. Tes mains caressent mes cheveux, et m’apaisent. Tu prends un petit coussin, et tu le poses sous ma tête, et tu attends que je m’endorme. Je sens sur mes épaules tes mains qui continuent ces caresses apaisantes dont tu as le secret, et je respire doucement. Tu me chuchotes quelques mots doux. Tu me dis que tu as toujours aimé me voir m’endormir à la lueur de la lune, et que tu es amoureux. En prenant une mèche de mes cheveux, tu me dis que je suis belle, quand je suis calme, quand tous mes soucis semblent envolés, et que la paix m’embellit. Tu soulèves ma tête et la pose tranquillement sur un oreiller, et tu t’allonges à mes côtés. Nos mains se trouvent et je souris. Tu approches ta tête et colle ton front contre le mien, si bien que je sens ton souffle chaud contre ma peau. Tes lèvres touchent les miennes pendant une petite seconde. Et tu me dis que jamais tu n’as aimé ainsi de toute ta vie.

Fais de moi ce que tu veux. Ce serait si simple pour toi de me détruire… Tu peux faire de moi ce que tu veux. Mais au lieu de ça, tu as choisi de m’aider à me construire.

Nos têtes sont posées l’une contre l’autre et nos yeux sont fermés. Et sur mon visage se dessine un sourire.

Publié dans Entretemps, Nouvelles

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Entretemps : Envolée.

Publié le par Gabonia Maria Madeus

Daughter - Youth (Cover) by Daniela Andrade and Dabin

                J’ai commencé tout doucement à tourner sur moi-même. Parce que je ne savais pas où aller, mais que je me savais forte quand même. Comme toutes ces fois où on aime penser qu’on peut tout supporter, qu’on peut tout faire soi-même, tout voir, tout concevoir, tout comprendre, tout appréhender. Comme toutes ces fois où on se tourne vers l’inconnu, où on aime aller sur les collines voir le monde d’en haut et se confronter au vide. J’ai commencé à tourner sur moi-même, pour trouver ma voie, ma direction. J’ai commencé à accélérer. Parce que j’aimais cette sensation. Cette sensation de chute libre, cette sensation de vertige alors que j’avais seulement les yeux levés vers le ciel. J’aimais me sentir tomber, me sentir libre. J’aimais avoir mes cheveux dans le vent, suivant seulement mes mouvements. Je ne savais pas où aller, ni quoi faire, et je n’ai rien trouvé de mieux que d’aller sur cette colline, pas loin de chez moi. Et au moment où j’y suis parvenue, je me suis sentie partir. Comme si tout mon être s’envolait de son enveloppe corporelle. Comme si je n’étais plus qu’un esprit libre au-dessus des prairies, traversant les nuages. Comme si j’avais laissé mon pauvre corps incapable sur terre, ce corps qui faisait si souvent face à l’horizon sans jamais pouvoir le contempler vraiment. Et je tournais. Je tournais pour atteindre cette partie de moi, envolée à travers la fine couche de nuages, planant par-dessus ces collines. Et plus je prenais de la vitesse, plus je me sentais partir, plus je tournais, plus j’avais la sensation de voler, sans que mes pieds ne quittent le sol.

                J'ai commencé tout doucement à tourner sur moi-même, et j'ai fini par m'oublier.

       

Publié dans Entretemps, Nouvelles

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Entretemps : John.

Publié le par Gabonia Maria Madeus

Imagine - John Lennon

Lorsque je me sens triste, lorsque j’ai l’impression que tout est perdu d’avance et que la terre ne tourne probablement pas dans le même sens que moi, je n’ai pas de remède miracle. Personne n’en a. Je suis comme toutes les autres femmes, comme tous les autres êtres humains. J’essaye de faire avec. Et j’ai ce curieux instinct qui me dit d’aller écouter de la musique. Parfois, au détour d’une liste de morceaux, je tombe sur celui qui me soulage, celui qui fera passer la tristesse et qui amènera la tranquillité pendant quelques instants. Puis il y a ces morceaux que j’écoute sans cesse, vers lesquels je retourne toujours. Ces morceaux qui sont mes plus proches amis, avec qui je peux avoir un moment privilégié, sans dire quoi que ce soit. Pour moi, il y a Imagine, de John Lennon. Un morceau qui me fait rêver, et qui me colle à la peau. Il y a les paroles. Quelques mots simples qui disent tout. Il y a la musique. Un piano et des violons, et une pincée de batterie. Il y a cette voix. Cette voix de cet artiste dont je suis tombée amoureuse, auquel je me suis attachée sans bien savoir comment ni pourquoi. Et je me mets à chanter avec lui, et c’est comme si nous étions tous les deux ailleurs, en train de chanter, comme deux amis qui se retrouvent. Et je me mets à chanter pour l’accompagner, suivant tranquillement les accords du piano. Et je me mets à sourire. Je souris parce que je sais que je suis à ma place, qu’il faut que je chante cette chanson à ce moment, parce qu’il n’y a que ça que je puisse faire. Et c’est comme si un peu d’amour venait s’accrocher à moi, comme s’il virait la tristesse et se logeait dans mon cœur pour quelques temps. C’est peut-être idiot, mais avec ces notes bien placées, et cette voix juste, c’est comme si la terre et moi tournions enfin dans le même sens.

Et quand la chanson se termine, j’ai cette voix dans mon esprit, qui me dit qu’il faut que je continue, même si c’est dur, même si je suis fatiguée. Bien sûr, John Lennon ne me parle pas. Je ne suis pas folle. Mais son œuvre toute entière me parle. Tous les ans à la même époque, je me dis qu’il est parti trop tôt, et que j’aurai aimé vivre dans un monde où John Lennon était encore vivant.

 

 

Entretemps : John.
"The dream is over // What can I say ?"
- John Lennon - God
09/10/40 - 08/12/80

Publié dans Nouvelles, Entretemps

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