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L'aube et le petit jour.

Publié le par Gabonia Maria Madeus

L'aube et le petit jour.

Et qui es-tu, toi, l’aube enfin levée ?

J’ai regardé les couleurs se mêler, comme d’étranges âmes solitaires allant solidaires s’élever dans le ciel. J’ai regardé le ciel, comme si jamais je ne l’avais regardé avant, et j’ai respiré l’air froid qui venait m’entourer. Je voulais pleurer, je voulais crier aux couleurs de m’emmener, je voulais verser une larme en attendant l’aurore auréolée. J’aurais voulu disparaître, me laisser rêver dans les flots colorés, renversée par la beauté des choses. La beauté des choses, des roses, la beauté de l’amour, du toujours, de l’amitié, l’intimité. J’ai fermé les yeux, et j’ai senti, un instant seulement, la griffure sauvage du froid sur mon visage, arracher ma peau, creuser mes cernes, anesthésier mes sens. Et là encore, je voulais crier. Crier au soleil de déjà se lever, crier à la terre d’arrêter de tourner… Le froid s’est insinué dans ma gorge, a frôlé mes paupières, chatouillé le bout de mes doigts potelés. Il a pris ma voix, gelé mon esprit, et laissé mon cœur s’endormir au rythme de l’hiver dominant. La nuit tombait à peine sur ma poitrine gelée, et mes yeux se sont fermés, dans l’attente.

L’aube au loin, a le sourire vengeur d’un souvenir qui se ramène sans prévenir, et le rire charmeur des nuits sombres… L’aube au loin, frêle mais fière. Comme un souvenir, qui sans prévenir, nous revient et nous tend la main. Comme l’image de ses yeux quand il part, la douceur de ses pas quand il tourne le dos, le mouvement de ses cheveux quand il se retourne une dernière fois. L’aube au loin a des allures de départ, et, cristallisée dans mon froid hivernal, je la regarde s’approcher. L’aube au loin a le goût amer d’un souvenir gâché, l’odeur âcre des regrets. Et moi, piégée dans mon froid à la regarder s’avancer, je cherche du regard les yeux qui se poseront sur moi. J’appelle silencieusement, pour que vienne le jour et ces lèvres qui effleureront les miennes. Comme des fourmis me parcourant de haut en bas, je sens mes membres gelés se réchauffer. L’aube si proche s’impose à moi, qui reprend vie. L’aube si proche, et ses regards détournés, ses regrets inavoués, et ses maladresses maladives sans tendresse… L’aube si proche, avide de moi, avide de mon sort et de mes secrets. Je cherche au loin… Je regarde l’horizon, et l’aube qui est enfin là… Je regarde encore une fois les couleurs se mêler et peindre sous mes yeux encore ankylosés la portrait d’un nouveau jour. Le froid n’est plus, mais le cri reste bloqué au fond de ma poitrine, et la question reste suspendue à mes lèvres.

Et s’il n’y a jamais eu de vous, n’y aurait-il donc jamais, pour moi, de nous ?

L’aube enfin levée me libère dans ses couleurs imaginaires, suspendue à l’ombre du froid nocturne, captive encore entre les griffes lunaires de l’obscurité… Le petit jour a des allures de doublure, comme une photo que l’on prend deux fois, pour être sûr. Le petit jour sent l’amertume, et a le triste goût de la douleur qui perdure, comme un lendemain dont déjà on se souvient.

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