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37 articles avec nouvelles

Mes reflets...

Publié le par Gabonia Maria Madeus

Mes reflets...

      Au loin, à travers la vitre, je vois la ville. Bleue, plongée dans l’obscurité, sage, docile. Avec ses ballons de lumière accrochés à la terre goudronnée, la ville… Comme prête à être foudroyée, ou prête à vivre. Au loin, je vois la tendre fumée des usines bientôt abandonnées. Plongées dans le noir, ocres et sanglantes. Prêtes à sourire avant de cracher leurs dernières fumées épaisses, et de mourir doucement. La ville est dans sa nuit, éteinte et lumineuse à la fois, comme une étoilée filante au creux des bras du ciel. Les usines toussotent un peu, bercées par les folies passagères des quelques rares automobiles qui les longent en quête du chemin. A travers la vitre, je vois l’étendue sombre des immeubles collés serrés, dansant au son des grillons des parcs de banlieues. Ils ont de petits escaliers en colimaçon, aux marches comme les touches d’un piano désaccordé, et de petites fenêtres qui vivent au rythme du monde. La ville les engloutit presque, les perd dans son bordel bétonné, quand les usines les enfument. Au loin je vois ces parcs verts, tous un peu fanés de certains côtés, un brin de respiration dans tout ce gris ambiant. Et le terrain de basket, envahi par les brins d’air, tout coincé dans une nature stressée, partagé entre la fumée grise et les arbres verts qui cohabitent autour. Au loin, je vois les grues orangées des chantiers obscurs, qui mettent au monde. Au loin, à travers la vitre, je vois cette artère de lumière, ce flot continu de petits points jaunes et blancs se frayant un chemin au milieu des immeubles, usines, grues, parcs et autres volatiles terrestres.

      A travers la vitre, tout près, je vois mon reflet. Glacial, presque fâché. Bleu pâle, à cause de la lumière de mon écran dans le noir de mon appartement. Mon reflet, comme un fantôme flottant dans les airs… Là, tout près, mon reflet m’observe. Comme stupéfait de la ressemblance. Il a un air interrogateur, méfiant. Ses cheveux ondulent sur ses épaules. Ma main se porte jusqu’à mes cheveux. Doux. A travers la vitre, je vois mon reflet. Une petite dame boulote, toute entière de verre, aux cheveux ondulés. Un reflet, de bleu et de gris, comme une photographie, d’ombres et de pluie. A travers la vitre, j’imagine un autre reflet. Un reflet qui prend la main du mien. Froid, translucide, d’ombres et de gris, de bleu et de pluie. Sa main est forte, longue, et serre celle de mon reflet, comme pour ne pas le laisser s’envoler… Un reflet est si vite soufflé, emporté par le vent… Là, tout près, je m’imagine un autre reflet, collé au mien. Comme les immeubles qui dansent au loin. Les deux reflets, main dans la main, éclairés par la lueur pâle de mon écran dans le sombre de l’appartement… Qui tournent, divaguent lentement en un slow silencieux, improvisé à travers la vitre, dans l’obscurité du soir… Fragiles, et délicats.

      Ecrasée entre les crachats des usines et les grillons chantants des parcs, la vitre fendue brise les reflets. Mon reflet imaginé s’envole avec les étoiles, en petites poussières articulées. La ville reprend son droit. Bleue, sage, docile. Et moi je reste là à regarder mon reflet brisé. Bleu, tordu désormais, glacial, et presque fâché. Au loin, tout au loin, à travers la vitre cassée, je vois le ciel scintiller, enveloppé dans cette poussière raffinée que ma vitre fendue a laissé s’échapper… Et je vois.

      Les étoiles ne seraient-elles donc que des reflets brisés ?

Publié dans Nouvelles, Poésie, Vie, Visuel

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Qu'une enfant.

Publié le par Gabonia Maria Madeus

 

 

Je voulais tracer sur tes joues de jolies arabesques de poussière, ne jamais grandir.

Je ne suis encore qu’une enfant, une toute petite miette de peau sur les coussins terreux de l’univers. Il me semble qu’hier encore j’ouvrais pour la première fois mes petits yeux bleus et découvrais sans comprendre le monde qui m’entourait. Toute petite, recroquevillée sur mes deux pieds, je me cachais au creux des arbres pour regarder la vie passer… Mais il me semble bien qu’avec le temps, la peur que le train passe sans que je sois dedans m’a poussée hors des arbres. Pieds nus sur l’herbe fraîchement coupée, deux lucioles à la place des yeux, assoiffée de tout, assoiffée de rien… Le temps est bien différent, lorsqu’on n’est qu’une enfant… On regarde les grands, on les observe, on attend seulement. On attend d’être à leur place, d’être eux, sans savoir quoi dire quand on nous dit de grandir. Je ne suis qu’une enfant, une simple poussière dans les reflets clairs des rayons de soleil touchant la terre.

Je voulais tracer, lentement, sur tes joues un soleil d’abricot, ne jamais grandir.

Je ne suis encore qu’une enfant, une petite étoile perdue dans la voie lactée qui ne cherche pas à se retrouver. Je vois mes petits petons gigoter dans le sable, piégés tout au bout de moi, contre le sol tantôt rugueux, tantôt froid.  J’ai les yeux remplis de soleil, brillants comme un premier jour de printemps, étincelants comme la première étoile de tous les temps. J’ai les yeux comme un océan dans lequel personne ne se serait jamais encore baigné. Purs, sincères. Toute gamine encore, pas bien grande, j’allais courir sur le bitume défoncé, et chanter pour les oiseaux comme dans les dessins animés. Et puis le temps rattrape les enfants, donnent quelques rides à leurs cœurs… J’ai voulu courir, j’ai voulu rire pour contrer ce désenchantement, pour rester simplement l’enfant que j’étais.  Et puis je me retrouve dans ces gares, à l’orée du jour, à cherche le chemin. Les cheveux volants dans le vent, les joues rouges comme des cerises mûres, intriguée de tout, intriguée pour rien… Tout est si différent, quand on n’est qu’une enfant… On observe les passants, on regarde gentiment, et on attend. On attend le temps qui passe, qui un jour nous prend. On attend d’être grand... Pour aller un petit matin emprunter un chemin duquel personne ne revient. On attend simplement… Que nos étoiles d’yeux deviennent juste pupilles, comme deux billes au fond d’un bocal. On attend, sans savoir où partirons les étincelles dans nos yeux, et nos rires malicieux. Je ne suis qu’une enfant, une toute petite perle de miel, tombant de la ruche du ciel.

Je voulais tracer, seulement, sur tes joues un abîme de sourire, ne jamais grandir.

Mais le temps venu m’a confiée quelques traits de plus, et mes yeux ternis ne se rappellent plus… Un jour pourtant tu étais là, gamin comme moi, allongé sous les ombrages des ormes, des rêves dans les yeux et les yeux dans l’oubli, les joues sucrées de vie, en attendant seulement que passe le temps.

Publié dans Poésie, Divers, Nouvelles, Vie

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Seuls.

Publié le par Gabonia Maria Madeus

 

Entre deux bouquins de poussière, aux pages usées, installés sur une étagère de travers et portant les mots des autres. Entre deux gouttes de pluie, tombée en plein orage sur le bitume gris et froid. Entre deux voitures au passage piéton, devant les bandes blanches tachées par la vie urbaine. Entre deux larmes échappées, à la tristesse passagère, au petit goût salé. Dans le regard des autres. Dans le miroir. Entre deux obscurités, paisiblement installées tout près du petit jour. Entre deux fourchettes, pointées dans la même direction, posées négligemment sur une table face au soleil couchant. Entre deux rayons de soleil, donnant naissance aux arcs-en-ciel à travers l’averse. Entre deux touches d’un piano désaccordé, ostensiblement laissé libre et vagabond. Entre deux sourires, comme deux bijoux précieux et adorés, deux perles de soleil dessinées sur la peau. Entre deux brins d’herbes, en pleine nature, dans les plaines vertes et paisibles de la campagne dorée, en attendant la fin de l’été. Dans le regard des autres. Dans le miroir. Entre deux pages d’un vieux livre de légende, ayant traversé le temps jusqu’aux mains des enfants. Entre deux mélodies, douces et jolies. Entre deux chemins, au creux des arbres de la forêts en entendant au loin la rivière s’écouler lentement. Entre deux coups de pinceaux bien posés, déposant la peinture sur la toile immaculée jusqu’à présent. Entre deux mains tendues, aux petits doigts allongés, ongles rongés ou manucurés. Entre deux bouchées, au petit restaurant du coin, en attendant le pain. Entre deux regards dérobés, cachés, dissimulés, aux « pourvu que personne n’ait remarqué ». Entre deux marches, à la hauteur surprenante et déconcertante. Dans le regard des autres. Dans le miroir.

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Entretemps : Les belles personnes.

Publié le par Gabonia Maria Madeus

          Je les vois. Ils ne sont pas beaucoup, mais j’en vois partout. Les gens beaux. Les belles personnes. Les véritables belles personnes. Celles qui guettent une larme de silence aux coins de tes yeux… Et qui restent te tenir la main quand tu ne penses pas en avoir besoin. Elles marchent sur l’eau, comme si tous les secrets de l’univers tenaient au creux de leurs mains. Elles ont, semble-t-il, le goût sucré de la vie, la douce mélodie des moments de nostalgie sans pour autant l’amertume, tristesse déguisée des jours de pluie. Et toi, tu es là, tout petit, coincé dans ta propre peau, et tu attends. Tu attends, sagement, ou seulement apeuré. Tu restes, tu attends, comme si le temps s’était figé au fond de ta poche. Tu n’es qu’un simple passant, mais tes pieds ne bougent plus, non, tu ne passes plus… Tu penses à ces gens, ces belles personnes qui vont éveiller la ville, comme on dérange la nuit, au moment venu. Tu penses au reflet de la lune au fond de l’étang, le chant du matin quand le petit jour nous revient… Et tu les observes, de ton petit coin de terre caché, de ta petite rue solitaire. Ces belles personnes qui déposent doucement dans le cœur des gens la douceur qu’ils cherchaient depuis tant et tant d’années, qui trouvent en chacun une petite étoile à faire scintiller quand bien même tout espoir avait été abandonné. Moi aussi je suis cachée. Je les vois, être belles, être simplement elles sans comprendre. Je sais que tu attends ton tour. Tu attends. Qu’elles viennent te tendre la main, juste un court instant, juste le temps que la lumière revienne, juste le temps que s’envole la peine… Aux immenses colères, pardi !, se déroberont enfin les doux matins de paradis… Et ta vie, ta toute petite vie sera plus simple, alors… Alors… Tu attends. Que vienne enfin la douceur. Que viennent les étoiles qui scintillent dans les plus sombres moments.

          Et crois-tu, qu’une fois sauvés, nous irons, nous aussi, trouver aux coins des rues, quelques passants la main tendue pour chercher dans leurs yeux quelques étoiles perdues, chantant les jours heureux en attendant, qu’enfin quelqu’un attrape leur main et dépose sur leur chemin quelques perles de douceur pour faire battre leurs coeurs ?

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Un soir sur le canapé.

Publié le par Gabonia Maria Madeus

               Il m’a dit « viens-là », comme si c’était une fatalité. J’ai posé mes fesses sur son canapé, parce que j’avais pas la force d’aller ailleurs. Il était juste assis à côté avec sa bière et un sourire, et il m’a regardé, comme si, déjà, il savait. J’ai posé ma tête sur son épaule sans y penser, comme quand tout nous semblait drôle, et qu’on tenait plus debout. Sauf que cette fois, j’avais pas envie de rire du tout. Il a soupiré, et j’ai senti sa poitrine se soulever. Il ne disait rien, mais tout ce que j’entendais, c’était « pauvre fille », comme s’il était en train de le hurler. Pourtant, il n’avait jamais rien dit qui ressemblait de près ou de loin à ça… C’était même tout le contraire. Comme s’il était tout seul, il a laissé s’échapper de son gosier un rot grossier, qui m’a fait me relever d’un coup. Et ça, ça l’a fait marrer. Je me suis avachie dans le restant du canapé, ce bout de truc qui n’était pas occupé par son fessier, et j’ai pris la tête de celle qui est en train de bouder.

               Noé, c’était un peu comme… Une bouée. Ca ressemble au début d’un mauvais poème, mais vraiment, c’est tout ce que j’ai trouvé pour expliquer ce qu’il est pour moi. J’ai l’impression qu’il est toujours là pour me sauver, alors que moi, des fois, je me demande si je ne fais pas exprès de me précipiter dans les galères et autres ennuis démesurés. J’étais pas plus bête que tout le monde, ni même plus provocatrice. Et ce n’est pas tellement que je cherchais à provoquer le destin… Comme il dirait si bien, je suis simplement un peu naïve et rêveuse… Comme si j’étais une petite gamine qui apprenait à marcher dans un tas de boue… C’est pas facile. Noé dit que je ne peux pas m’empêcher de me rouler dans la boue : quitte à y tomber, autant s’y baigner. D’après lui, c’est comme ça que je me fais avoir à chaque fois que quelque chose semble dérailler. Et lui, ça ne manque jamais, il vient me repêcher. Je ne saurais pas dire pourquoi c’est sur lui que je suis tombée… Je me souviens encore du jour où on s’est rencontré. C’était la première fois qu’il volait à mon secours, et depuis, il n’a jamais arrêté. J’étais en troisième, nouvelle arrivante, après le divorce corsé de mes parents, et je me suis faite directement alpaguer par Philomène. La Philomène, qui n’assumait pas son prénom un peu désuet, et tenait absolument à se venger du monde entier, m’a prise en grippe, et plus moyen de m’en défaire, alors je l’ai simplement ignorée. Noé est arrivé, il lui a dit de la fermer, m’a prise par la manche et m’a dit de ne jamais plus faire la sourde oreille face à ceux qui pensent pouvoir m’emmerder. Je l’ai regardé de mes petits yeux de fille sauvée, et j’ai dit « Ok ». A l’époque, je l’ignorais, mais ça n’était que le début de quelque chose de grand.

               Il a reniflé, bu une gorgée de sa bière ambrée, et puis s’est tourné vers moi, l’air un peu fâché. Jamais je ne l’avais vu me regarder avec des yeux comme ceux qui me fixaient à ce moment-là, et ça m’a pas détendue. Il m’a dit « C’est quoi cette fois ? », et j’ai senti mon cœur se tordre un peu. Je crois qu’il ne trouvait plus ça drôle du tout… « C’est ton frère qui t’a fait un sale coup, ou tes potes qui t’ont laissée sans nouvelles depuis leur lieu de vacances favoris, ou c’est un marteau qui t’a immobilisé le pied ? », m’a-t-il demandé avec son ton de gars lassé. J’avais pour ma part le sang qui avait glacé instantanément, ne sachant pas d’où cette lassitude lui venait. Et le pire, c’est que Noé a continué : « Ou, laisse-moi deviner… C’est une histoire de garçon. Ca peut être que ça, remarque. ». Malgré tout, il avait raison… Mais il ne m’a pas laissé parler. « Kévin, André, Thomas ou peut-être Julien ? Il t’a dit que tu n’étais pas pour lui. Il t’a dit qu’il avait bien aimé flirter, qu’il avait bien aimé être avec toi, mais que sur du long terme, t’étais pas vraiment celle qu’il lui fallait. ». J’étais sur le cul, et j’osais pas vraiment parler. « Et puis, comme tu pleurais, il t’a dit que ça allait aller, et que vous seriez mieux chacun de votre côté, parce que personne ne veut passer sa vie à faire battre son cœur trop fort sans aimer assez bien… Et puis comme tu pleurais, il t’a donné un mouchoir et il a demandé si tu voulais bien lui rendre ses clés. ». Noé a repris une gorgée de bière et il a soupiré. « Et toi, comme tu t’es attachée à lui, t’as envie de crever. Parce que tu te dis que tu saurais pas quoi faire sans lui. Parce que tu te dis qu’il était trop beau, et que personne voudra jamais de toi… ». A ce moment précis de la soirée, j’avais, très naturellement, envie de chialer, et j’ignorais ce qu’il se passait exactement. Je voyais bien que quelque chose n’allait pas, mais Noé… Noé, je n’arrive pas vraiment à le déchiffrer quand il est comme ça. J’étais à des années lumière de penser à ce qui allait se passer ensuite. A vrai dire, je m’étais juste redressée dans le canapé, de peur de le froisser, lui ou Noé, qui semblait plongé dans une intense réflexion torturée… Je me sentais prise au piège, et un peu malmenée… Et puis tout à coup, Noé s’est vraiment tourné vers moi, et il m’a regardée bien dans les yeux, et là, il m’a dit « Et moi, je vous pas pourquoi tu t’attaches à des gars comme ça… Ils comprennent rien de qui tu es, ils ne te connaissent pas… Et on dirait que ça te plaît de les laisser profiter de tout ce que tu as à donner, en sachant comment ça va se terminer, parce que, soyons honnêtes, c’est toujours la même histoire à la fin. On dirait que t’aimes bien m’emmerder à me raconter comment les autres aiment t’emmerder… Et c’est… ». Alors Noé s’est levé, et il a emmené sa bouteille vide dans la cuisine où j’ai entendu le verre cogner le plastique du bac du tri sélectif. Il est resté un moment dans la cuisine. J’ai entendu la porte du frigo s’ouvrir, se fermer. J’ai entendu le bruit d’une bière qu’on décapsule, le petit rebond de la capsule sur le plan de travail, et un soupire. Et puis plus rien.

               J’ai commencé à m’inquiéter, parce que Noé est pas vraiment du genre à ne pas parler, surtout quand il a commencé un truc et c’était visiblement ce qu’il avait fait avec moi. Et le silence, devenant lourd comme les bacs de tri sélectif pleins, ne cessait de s’allonger. J’étais à deux doigts de me lever pour aller voir, quand il a dit, caché : « Et puis je comprends pas que tu ne te demandes pas pourquoi… Moi, je suis toujours là, tu vois. Genre… Toujours. ». Et je l’ai vu revenir, avec sa bière, mais sans sourire. Il a reposé son fessier sur les coussins qu’il avait quitté quelques minutes plus tôt, et il a encore pris une gorgée de bière. J’étais un peu gênée, parce que je pensais comprendre ce qu’il pensait vouloir me faire comprendre, mais je n’étais pas sûre d’avoir capté ce qu’il avait essayé de dire… Et puis tout se mélangeait dans ma tête, Thomas, André, Julien… (Pas Kévin, parce qu’il n’avait eu que des mauvais côtés…)… Et puis Noé. Alors je me suis mise à pleurer, et j’ai posé ma tête sur son épaule comme quand on riait. Je l’ai entendu soupiré et dire « Allez, allez, le laisse pas t’emmerder comme ça… ». Alors je me suis relevée, il a tourné la tête, je l’ai regardé et j’ai capté… J’ai vu ses yeux, tendres mais un peu tristes, et j’ai aperçu un sourire, maussade mais plein d’amour… Et alors qu’il clignait des yeux, je l’ai embrassé.

               Au moins, lui, j’aurai plus de raison de l’emmerder.

Publié dans Nouvelles

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Deux âmes.

Publié le par Gabonia Maria Madeus

             La rumeur s’est propagée ces derniers mois. Les gens murmurent que la fin du monde arrivera le mois prochain. Et tandis que je regarde, de mon appartement, les lumières de la ville bercer le temps, je songe à ces derniers instants de vie. Il se dit en ville que tout sera soudain, brutal, comme un coup de poing reçu en pleine figure. Je ne sais pas d’où cela vient, mais si jamais il n’y avait pas de lendemain, si jamais la terre ne tourne plus dans quelques jours, alors je veux être prête.

               Alors j’ai pensé à toi. Comme il serait doux de finir la vie entre tes bras. Je n’ai jamais su si je t’intéressais vraiment, mais je n’ai jamais arrêté d’y penser. Tes regards curieux, tes sourires… Et la manière dont tu posais tes mains sur mes épaules. Je ne crois pas que tu avais pleinement conscience du bien que cela me faisait… Mais tu étais suffisamment grand et adulte pour que ta présence me soit rassurante. Ton éternelle inquiétude, qui faisait écho à la mienne. Je n’arrivais jamais à savoir si c’était un jeu tacite auquel nous nous prêtions, ou si c’était seulement pour toi le témoignage d’une amitié platonique…

               Quelques semaines sont passées, et déjà, la science nous a rattrapés. Les prochains jours seront les derniers. Et tandis que chaque être humain se morfond, adresse à sa famille ses aux revoirs tragiques, je marche dans la forêt, seule. Je goûte une dernière fois à la solitude et à l’air frais, aux rayons du soleil sur ma peau, au vent qui boucle mes cheveux. J’entends mes pas sur le sol, le crissement des graviers, le frottement de mes jambes l’une contre l’autre, le grincement des branches, et le murmure du vent dans les feuilles des arbres. Je dis au revoir à la vie, au revoir à la nature, et observe le ciel bleu qui déteint.

               Et je pense à toi. A toutes ces choses que j’aurais voulu vivre, ou dire, même tout bas. Je repense à tes mains dans mes cheveux, tes bras autour de mes épaules, et je me dis que ça ne pouvait pas être rien. Je pense à toi, à ta façon d’être. Je ne sais pas si tu as le temps de penser à moi, dans tout ce flot de panique et cette ambiance d’époque révolue… Je ne sais pas si tu as jamais eu le temps de penser à moi… Mais je ne sais pas si tu avais bien le temps de penser à toi non plus. Et je m’imagine, dans un monde où j’aurais osé t’aborder, blottie contre toi en attendant la fin de l’humanité. Je pense à la douceur de ces instants imaginaires, en plein milieu d’une fin des temps. Je m’imagine comme il serait bon d’être contre toi, même sans s’aimer profondément, même sans se parler vraiment… Juste être tous les deux, dans le noir, l’un contre l’autre, sans penser au reste. Tout serait si doux.

               Et quand l’obscurité aura complètement envahi notre monde, nous serons deux pour y résister. Et quand nous n’entendrons plus que le son de nos cœurs en rythme, nous saurons que c’est à nous d’imaginer tout le reste… Et de nous fondre dans le noir, comme deux âmes qui s’étreignent, enfin... Deux âmes qui s’éteignent, au loin.

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Une valse.

Publié le par Gabonia Maria Madeus

    Donne-moi ta main, je t’emmène valser demain. J’imagine tes yeux cherchant les miens, et tes mains contre mes mains. Je t’imagine mimant mes gestes, répondant agilement à mes requêtes et mouvements. Je te promets l’odeur de la pluie en été, le son des oiseaux et des pinsons gais. Je te promets les rires, et les pleurs. Tu me comprends. J’imagine mes yeux bleus dans le reflet des tiens. A nos yeux ouverts apparaîtra la douceur du printemps, du soleil, et nous serons émerveillés, dansants. Mon regard est tien.

    Donne-moi ta main, je t’emmène valser demain… Je te promets des fleurs et des sourires spontanés, et de la musique pour occuper les longues journées. Je sentirai tes doigts crispés serrer les miens, et tu devras gérer mes jambes maladroites et déjà fatiguées. J’imagine le souffle de ton rire, quand, concentré, tu cherches le prochain pas chassé. J’imagine ta voix me dire que tout est si compliqué, et ton sourire s’excuser. Je te promets la tendresse, accompagnant l’amour, et la douceur sans peur. Je te promets les beaux voyages, et la liberté, de celle dont on rêve le soir… Un pas après l’autre, pieds serrés, mal placés, fragiles et perdus, tu seras mon repère si tu le veux bien, et je serai le tien, si tu en as besoin. Et perdu, et peu serein. Je te promets la fête, quand tu voudras te reposer. Je te promets le sommeil, quand tu voudras t’émerveiller.

    Donne-moi ta main, je t’emmène valser demain. Je t’imagine virevoltant finalement, me portant si haut que le vertige me prend. Je m’imagine la tête dans les nuages blancs, rêvant des moments nocturnes où, près de la cheminée, nous oserons encore danser, même si tu ne sais plus sur quel pied. Je te promets les couleurs de l’arc-en-ciel pour égayer le gris des jours de pluie. Je te promets la sensation glaciale de la neige qui tombe par surprise, et des moufles pour tes petits doigts gelés. J’imagine la caresse de l’air frais sur nos joues rosies, la délicatesse du vent frêle déranger mes cheveux emmêlés. La musique nous portera si loin, qu’on n’entendra plus rien. Rien que le son distant de nos cœurs aimants, apprenant enfin à aimer plus loin. Aimer plus loin, aimer plus haut, aimer plus gros, aimer seulement. Eperdu, un peu serein. Je te promets les ciels bleus et les orages, les tempêtes et les naufrages, de ceux qu’on ne peut arrêter, de ceux qui bouleversent tout sans regrets. Je te promets l’amour que tu n’as pas demandé. J’imagine nos mains, encore entremêlées, et nos regards, encore embrassés, et nos pieds à contretemps, toujours à se chercher.

    Et je te dirai encore de me donner la main, pour t’emmener valser plus loin, plus haut, valser enfin… Tu me comprends. Mon regard est tien. Je te promets ma main, quand tu voudras aller danser. Jusqu’à ce que, tendues, nos mains s’étreignent enfin.

Publié dans Nouvelles, Poésie, Divers

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L'aube et le petit jour.

Publié le par Gabonia Maria Madeus

L'aube et le petit jour.

Et qui es-tu, toi, l’aube enfin levée ?

J’ai regardé les couleurs se mêler, comme d’étranges âmes solitaires allant solidaires s’élever dans le ciel. J’ai regardé le ciel, comme si jamais je ne l’avais regardé avant, et j’ai respiré l’air froid qui venait m’entourer. Je voulais pleurer, je voulais crier aux couleurs de m’emmener, je voulais verser une larme en attendant l’aurore auréolée. J’aurais voulu disparaître, me laisser rêver dans les flots colorés, renversée par la beauté des choses. La beauté des choses, des roses, la beauté de l’amour, du toujours, de l’amitié, l’intimité. J’ai fermé les yeux, et j’ai senti, un instant seulement, la griffure sauvage du froid sur mon visage, arracher ma peau, creuser mes cernes, anesthésier mes sens. Et là encore, je voulais crier. Crier au soleil de déjà se lever, crier à la terre d’arrêter de tourner… Le froid s’est insinué dans ma gorge, a frôlé mes paupières, chatouillé le bout de mes doigts potelés. Il a pris ma voix, gelé mon esprit, et laissé mon cœur s’endormir au rythme de l’hiver dominant. La nuit tombait à peine sur ma poitrine gelée, et mes yeux se sont fermés, dans l’attente.

L’aube au loin, a le sourire vengeur d’un souvenir qui se ramène sans prévenir, et le rire charmeur des nuits sombres… L’aube au loin, frêle mais fière. Comme un souvenir, qui sans prévenir, nous revient et nous tend la main. Comme l’image de ses yeux quand il part, la douceur de ses pas quand il tourne le dos, le mouvement de ses cheveux quand il se retourne une dernière fois. L’aube au loin a des allures de départ, et, cristallisée dans mon froid hivernal, je la regarde s’approcher. L’aube au loin a le goût amer d’un souvenir gâché, l’odeur âcre des regrets. Et moi, piégée dans mon froid à la regarder s’avancer, je cherche du regard les yeux qui se poseront sur moi. J’appelle silencieusement, pour que vienne le jour et ces lèvres qui effleureront les miennes. Comme des fourmis me parcourant de haut en bas, je sens mes membres gelés se réchauffer. L’aube si proche s’impose à moi, qui reprend vie. L’aube si proche, et ses regards détournés, ses regrets inavoués, et ses maladresses maladives sans tendresse… L’aube si proche, avide de moi, avide de mon sort et de mes secrets. Je cherche au loin… Je regarde l’horizon, et l’aube qui est enfin là… Je regarde encore une fois les couleurs se mêler et peindre sous mes yeux encore ankylosés la portrait d’un nouveau jour. Le froid n’est plus, mais le cri reste bloqué au fond de ma poitrine, et la question reste suspendue à mes lèvres.

Et s’il n’y a jamais eu de vous, n’y aurait-il donc jamais, pour moi, de nous ?

L’aube enfin levée me libère dans ses couleurs imaginaires, suspendue à l’ombre du froid nocturne, captive encore entre les griffes lunaires de l’obscurité… Le petit jour a des allures de doublure, comme une photo que l’on prend deux fois, pour être sûr. Le petit jour sent l’amertume, et a le triste goût de la douleur qui perdure, comme un lendemain dont déjà on se souvient.

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L'odeur de la pluie.

Publié le par Gabonia Maria Madeus

L'odeur de la pluie.

              Il y avait cet homme, assis tout seul sur une chaise au beau milieu du parc, qui avait le regard perdu dans le vide, égaré dans le lointain. Il avait des cheveux bruns, une barbe, une chemise brune, et des cernes. Si l’on contournait cet intrigant, on s’apercevait avec étonnement que, derrière cet homme au regard perdu, il y avait une fille, assise, elle aussi, sur une chaise, et qui faisait dos à l’homme. Je crois que c’était une sorte de performance artistique, parce que la fille, une petite blonde aux cheveux courts, était habillée d’une robe blanche tout à fait neutre, et avait des petites baskets blanches. Ce fut à ce moment que je remarquais que l’homme ne portait que des couleurs brunes. Soudain, la fille demanda, sans faire un seul mouvement : « Olivier, est-ce que je t’ai manqué ? ».

               Je vis le regard de l’homme se retrouver, mais pas ici. Il était sans doute parti au fond de sa mémoire, rechercher les images de quelque chose de précieux. Ses lèvres s’étirèrent joliment en un petit sourire tordu presque dissimulé. Olivier ouvrit la bouche, croisant ses bras sur sa poitrine, et se mit à raconter : « L’odeur de la pluie, les soirs d’été, ça, ça me manque tout le temps. L’odeur du café, le matin, quand on se réveillait ensemble et que tu te débrouillais toujours pour aller faire le café et revenir au lit avant que je n’ouvre les yeux. Et puis le bruit, le craquellement du parquet, dans notre première maison. Ta tête, la fois où tu es tombée à cause du morceau de beurre que le chien avait chipé et lâché par terre parce qu’il pouvait, évidemment, pas manger un truc pareil… Cette tête-là, elle me manque à chaque seconde, tellement c’était drôle… Mon pote, Harry, me manque, j’espère qu’il va bien, son rire surtout me manque… Ma mère me manque, parce qu’elle avait toujours un bon truc à me dire quand je déraillais, ou que tu m’énervais… Le calme des vacances en Italie me manque. La sensation d’être si paisible que rien ne pourrait arriver… Ca aussi, ça me manque. ». Olivier soupira, avec un sourire, et secoua la tête. La fille, derrière lui, n’avait pas l’air de comprendre, tandis que je comprenais que cela n’avait pas été réellement préparé. Je me demandais quelle sorte d’expérience nous étions en train de vivre, nous tous, ici, dans ce parc. Olivier, de son côté, continuait à sourire et reprit son discours. « Tu sais, quand on avait mis ce truc en place, quand on avait imaginé cette mise en scène, j’étais certain que j’allais pouvoir dire que la seule chose qui m’avait manqué, c’était toi. Parce que tu étais partie aux États-Unis pour tes études, qu’on ne se parlait pas vraiment, que j’étais misérable… Pourtant, tu vas te vexer, mais tu m’as pas vraiment manqué. » La fille derrière lui était en train de se décomposer, je la voyais prête à pleurer, et les gens autour se sentir désolés pour elle. Olivier tenait bon, et continuait. « Non, tu m’as pas manqué, parce que tu as occupé toutes mes pensées pendant tout ce temps. Au début, j’étais triste, parce que je pensais à toi, et à toutes les choses qu’on n’était plus en train de faire. Après, j’ai été en colère, parce qu’on n’arrivait jamais à s’appeler. Après, je me suis senti seul, et j’ai commencé à penser au moment où tu allais rentrer. Et puis j’ai pensé à ce moment, à cette après-midi, et je me suis rendu compte que tu m’avais jamais quitté. Tu étais au milieu de tout. Au milieu de ma journée, quand je cherchais quand t’appeler, quand t’écrire, quand te lire. Au milieu de mes affaires, quand je retrouvais un vêtement à toi perdu dans les miens. Au milieu de mes joies, quand je me demandais comment j’allais te les raconter, et au milieu de mes tristesses, quand je me demandais comment te les cacher. Tu as été au milieu de ma vie, du moment où tu es partie, jusqu’à cette après-midi. Alors je sais qu’on était sensé dire « Tu m’as tellement manqué » et se tomber dans les bras, s’embrasser jusqu’à en perde l’équilibre et embarrasser tous les gens amassé là… Mais je pensais qu’on pourrait juste se retrouver à la maison… Disons… Dans 20 minutes ? » Et le type se leva, et traina sa chaise hors du parc, sans rien dire d’autre. La fille est restée là un peu, et puis elle a pleuré, avec un grand sourire sur ses lèvres, tout en se levant. Elle nous a tous regardé, et il s’est mis à pleuvoir sur le petit parc. Elle a sourit encore, et s’est écriée en levant les bras au ciel : « Moi aussi, l’odeur de la pluie, ça m’avait manqué ! ».

Publié dans Nouvelles

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