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20 articles avec vie

Monologue pour un orage.

Publié le par Gabonia Maria Madeus

              Ca fait des semaines que j’essaie de trouver les mots pour décrire mon état actuel. Des semaines que je m’acharne à commencer des textes comme celui-ci pour les effacer. Des semaines que je peine à sortir les quelques mots qui sonneront vrai…

               Je ne sais pas quoi dire. J’ai à nouveau peur de tout, à nouveau envie de rien. Quelque chose s’est cassé, quelque part entre la fin de l’année et la fin de l’été, qui je le crains ne sera pas réparé… Je ne sais pas quoi dire, ni vraiment quoi faire. C’est comme si les murs que j’avais abattus s’étaient reconstruits, comme si ma carapace était revenue… Je ne m’en étais pas rendue compte avant ces dernières semaines… Tout à coup je m’aperçois que je me sens prise au piège, prisonnière de quelque chose que je ne saisis pas… Tout à coup, je me revois comme la petite tordue de service, celle qui est ratée, cassée, pas récupérable… Tout à coup, cette personne que je déteste est à nouveau moi : j’ai tous les torts, et je suis coupable. Coupable d’être là, coupable d’exister… Non, je ne veux pas gêner, je ne veux pas causer d’ennuis à qui que ce soit, et pourtant c’est ce que j’ai l’impression de faire. Et ça me met en colère… En colère contre tout, mais surtout contre moi-même. Parce que c’est toujours la même rengaine, toujours les mêmes histoires. C’est toujours difficile d’accepter le changement, toujours difficile d’être face à des nouveautés. C’est toujours trop difficile de voir des gens s’éloigner. C’est toujours trop difficile de ne pas savoir en parler de vive voix. Alors je me mets en colère, pour toutes ces choses que je n’ai pas choisies, et toutes ces histoires sans importance qui, dans ma tête, en prennent trop. Je ne sais pas quoi dire. Je n’arrive plus à regarder les gens en face. J’évite leurs regards, je baisse la tête. Je n’aime pas être prise en pitié et même si je comprends les encouragements, intellectuellement, je n’arrive pas à les prendre en compte. C’est quelque chose que j’ai remarqué récemment, dans mes relations aux autres. Souvent, j’arrive à comprendre, sans parvenir à intégrer. Je comprends qu’on m’apprécie, qu’on ne se moque pas de moi. Dans ma tête, tout cela me parait évident. Mais je ne le ressens pas de cette manière. Je me sens attaquée, je me sens visée, je me sens être le petit monstre au milieu des anges. Je n’exagère même pas… C’est sans doute même pire que ce que je suis en train d’écrire. Alors, oui, j’évite le regard des gens, surtout de ceux avec lesquels j’évolue. Parce qu’aussi je ne veux pas les décevoir. Ça aussi, c’est revenu : ce besoin débile de satisfaire les autres, de répondre aux attentes… Je ne veux pas voir dans leurs yeux à quel point ils s’étaient planté sur mon compte. Qu’est-ce que je pourrais dire ? Qu’est-ce que je pourrais bien dire, pour expliquer tout ça ? Pour expliquer que chaque respiration est lourde et difficile, que chaque minute qui passe me semble plus longue que la précédente, qu’il n’y a plus de soleil… ? Comment dire que la solitude fige tout, que je n’ai pas confiance, que je ne sais plus comment parler aux gens ? Comment dire que tout est redevenu comme avant : triste et silencieux ? Je ne sais pas quoi dire, moi, à ceux qui voient que ça ne va pas. Je n’ai pas envie de sourire. Je n’ai pas envie d’être ici. Mais voilà, je suis là, et pour l’instant je me débrouille comme je peux, comme un orage au milieu d’éclaircies.

Publié dans Vie, Divers

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Oh si...

Publié le par Gabonia Maria Madeus

 

Oh si j’étais neige, je

M’évaporerai sur ta peau, je

Serai bulle de froid

Comme bulle de savon contre toi

Oh serre-moi fort,

Serre-moi encore…

De soleil et d’or,

Je m’évapore…

 

Si j’étais flamme, je

Caresserai ton corps, je

Serai douce morsure

Comme du temps la brûlure,

Emmène-moi, emmène-nous

Oh envole nous…

D’étincelles et de vent,

Je t’attends…

 

Je serai luciole dans tes yeux,

Scintillante, vive comme le feu,

Oh si tu le veux un instant

Oh nos doigts entrelacés pressants

Qui s’embrasent maintenant,

Qui se nouent

Oh je serai perle de sel sur ta joue,

Petit cristal, reflet sur l’eau…

Aurore naissante sur ta peau,

Oh je serai au bout de tes lèvres la fleur du temps,

Le souffle du vent, comme un secret d’enfants…

 

Si tu le veux seulement.

Publié dans Poésie, Divers, Vie, Visuel

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Mes reflets...

Publié le par Gabonia Maria Madeus

Mes reflets...

      Au loin, à travers la vitre, je vois la ville. Bleue, plongée dans l’obscurité, sage, docile. Avec ses ballons de lumière accrochés à la terre goudronnée, la ville… Comme prête à être foudroyée, ou prête à vivre. Au loin, je vois la tendre fumée des usines bientôt abandonnées. Plongées dans le noir, ocres et sanglantes. Prêtes à sourire avant de cracher leurs dernières fumées épaisses, et de mourir doucement. La ville est dans sa nuit, éteinte et lumineuse à la fois, comme une étoilée filante au creux des bras du ciel. Les usines toussotent un peu, bercées par les folies passagères des quelques rares automobiles qui les longent en quête du chemin. A travers la vitre, je vois l’étendue sombre des immeubles collés serrés, dansant au son des grillons des parcs de banlieues. Ils ont de petits escaliers en colimaçon, aux marches comme les touches d’un piano désaccordé, et de petites fenêtres qui vivent au rythme du monde. La ville les engloutit presque, les perd dans son bordel bétonné, quand les usines les enfument. Au loin je vois ces parcs verts, tous un peu fanés de certains côtés, un brin de respiration dans tout ce gris ambiant. Et le terrain de basket, envahi par les brins d’air, tout coincé dans une nature stressée, partagé entre la fumée grise et les arbres verts qui cohabitent autour. Au loin, je vois les grues orangées des chantiers obscurs, qui mettent au monde. Au loin, à travers la vitre, je vois cette artère de lumière, ce flot continu de petits points jaunes et blancs se frayant un chemin au milieu des immeubles, usines, grues, parcs et autres volatiles terrestres.

      A travers la vitre, tout près, je vois mon reflet. Glacial, presque fâché. Bleu pâle, à cause de la lumière de mon écran dans le noir de mon appartement. Mon reflet, comme un fantôme flottant dans les airs… Là, tout près, mon reflet m’observe. Comme stupéfait de la ressemblance. Il a un air interrogateur, méfiant. Ses cheveux ondulent sur ses épaules. Ma main se porte jusqu’à mes cheveux. Doux. A travers la vitre, je vois mon reflet. Une petite dame boulote, toute entière de verre, aux cheveux ondulés. Un reflet, de bleu et de gris, comme une photographie, d’ombres et de pluie. A travers la vitre, j’imagine un autre reflet. Un reflet qui prend la main du mien. Froid, translucide, d’ombres et de gris, de bleu et de pluie. Sa main est forte, longue, et serre celle de mon reflet, comme pour ne pas le laisser s’envoler… Un reflet est si vite soufflé, emporté par le vent… Là, tout près, je m’imagine un autre reflet, collé au mien. Comme les immeubles qui dansent au loin. Les deux reflets, main dans la main, éclairés par la lueur pâle de mon écran dans le sombre de l’appartement… Qui tournent, divaguent lentement en un slow silencieux, improvisé à travers la vitre, dans l’obscurité du soir… Fragiles, et délicats.

      Ecrasée entre les crachats des usines et les grillons chantants des parcs, la vitre fendue brise les reflets. Mon reflet imaginé s’envole avec les étoiles, en petites poussières articulées. La ville reprend son droit. Bleue, sage, docile. Et moi je reste là à regarder mon reflet brisé. Bleu, tordu désormais, glacial, et presque fâché. Au loin, tout au loin, à travers la vitre cassée, je vois le ciel scintiller, enveloppé dans cette poussière raffinée que ma vitre fendue a laissé s’échapper… Et je vois.

      Les étoiles ne seraient-elles donc que des reflets brisés ?

Publié dans Nouvelles, Poésie, Vie, Visuel

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Moi, ce soir.

Publié le par Gabonia Maria Madeus

Moi, ce soir.

          Me voici, dans mes habits d’hier, encore. J’ai les cheveux propres, coiffés, mais toujours mouillés. J’ai mis un peu de parfum, un peu de noir sur mes yeux qui s’accordent avec mon jogging bleu. J’ai presque pas envie de rire, mais sur mes joues se dessine un tout petit sourire. C’est un sourire de contentement. Celui que je prends quand je me sens presque bien, quand j’ai l’impression d’avoir un cœur plus léger, soulagé, voletant comme une plume dans le vent. J’ai un bouton sur le ventre depuis quelques jours, et il va m’y laisser une sale cicatrice, je le sens.  Je dois quand même avouer que le parfum, c’est du parfum bon marché. Rien d’extraordinaire. Tout à l’heure, j’avais quand même un peu de rouge à lèvres, parce que j’aime tellement la sensation que l’acte d’en mettre me procure. Me voici, moi, dans mes habits d’hier, juste comme ça, moi.

            Me voici, prête à dire de belles choses sur une fausse feuille de papier… Je n’écris pas plus que je ne parle, techniquement : je tape. J’écoute la musique de La La Land, que je viens de regarder, parce qu’elle semble m’inspirer un je-ne-sais-quoi que j’aimerais essayer de trouver. Dire des belles choses, c’est compliqué… Il faut trouver des mots jolis, qui vont avec d’autres mots jolis, et trouver de belles images à peindre en lettres, et c’est encore pire quand on part seulement de rien. Mais je me sens libre de tout, comme si j’avais quelque chose à offrir. Je me sens vivante et capable d’envoyer rêver les étoiles elles-mêmes, de les envoyer valser tout contre le soleil en un claquement de doigts… Me voici, prête à dire ce que vous voulez, tant que l’on peut rêver. Me voici, prête à m’envoler pour vous si c’est ce que vous souhaitez, prête à danser sous le soleil, ou sur une plage aller simplement me reposer… Me voici, me voilà.

            Me voici, honnête, têtue et menteuse à la fois… Dur, dur, de savoir où s’arrêtera ma rêverie… Mon plus grand rêve serait d’être publiée. Je rêve de voir, un jour, dans les rayons confinés d’une petite librairie, un ouvrage portant mon nom être pris doucement par un(e) inconnu(e), ouvert un instant, une étincelle de curiosité au bout des doigts, puis emporté vers le lointain. Je rêve qu’un jour, mes mots touchent quelqu’un, comme les mots des autres ont pu me toucher… Je rêve d’être moins seule à travers les maux qui me traversent, et que quelqu’un se sente moins seul à travers les mots que je donne. Chaque fois que j’essaie de l’expliquer, je me sens un peu stupide, mais qu’importe, me voici honnête, têtue et menteuse à la fois… Je rêve d’une vie harmonieuse, dans tous les sens du terme. L’harmonie en musique, en poésie, en peinture, dans la vie, l’amour, la pluie, le désir… C’est vaste, l’harmonie, mais rien n’est trop vaste quand on a un petit cœur de plumes. Oh, me voici, honnête, aujourd’hui.

            Me voici, nue. Nue comme si mes habits d’hier avaient devant vous disparus. Nue comme si mes plumes d’oiseau bleu s’étaient envolées sans moi. Nue comme si je venais de naître ici. Me voici, offerte à vos yeux surpris. Nue. Comme si je vous disais que j’ai toujours eu peur d’être abandonnée. Laissée dans un coin. Tellement peur que je préfère m’abandonner moi-même, pour ne jamais être vexée. Nue. Comme si je vous disais que j’ai peur de rester seule toute ma vie. Comme le cliché de la vieille dame avec plein de chats. Tellement peur que je ne sais plus si j’essaie quoi que ce soit. Me voici nue, avec mes peurs et mes regrets. Nue. En vous disant que je regrette de me sentir jalouse de temps en temps, des gens qui savent briller sans lumière, et de ceux qui la volent sans craindre la guerre. Tellement nue. En vous disant que j’aimerais savoir m’aimer, toute entière, mais que je regrette simplement de ne pas savoir comment faire. Me voici nue, avec mes regrets et mes peurs, qui sont encore trop nombreux pour continuer… Me voici.

            Je m’appelle Marion, j’ai 22 ans. Un petit sourire tordu, des yeux bleus avec du noir dessus. Je suis encore dans mes habits d’hier, et ce soir, je dormirai nue.

Publié dans Vie, Divers, Poésie

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Qu'une enfant.

Publié le par Gabonia Maria Madeus

 

 

Je voulais tracer sur tes joues de jolies arabesques de poussière, ne jamais grandir.

Je ne suis encore qu’une enfant, une toute petite miette de peau sur les coussins terreux de l’univers. Il me semble qu’hier encore j’ouvrais pour la première fois mes petits yeux bleus et découvrais sans comprendre le monde qui m’entourait. Toute petite, recroquevillée sur mes deux pieds, je me cachais au creux des arbres pour regarder la vie passer… Mais il me semble bien qu’avec le temps, la peur que le train passe sans que je sois dedans m’a poussée hors des arbres. Pieds nus sur l’herbe fraîchement coupée, deux lucioles à la place des yeux, assoiffée de tout, assoiffée de rien… Le temps est bien différent, lorsqu’on n’est qu’une enfant… On regarde les grands, on les observe, on attend seulement. On attend d’être à leur place, d’être eux, sans savoir quoi dire quand on nous dit de grandir. Je ne suis qu’une enfant, une simple poussière dans les reflets clairs des rayons de soleil touchant la terre.

Je voulais tracer, lentement, sur tes joues un soleil d’abricot, ne jamais grandir.

Je ne suis encore qu’une enfant, une petite étoile perdue dans la voie lactée qui ne cherche pas à se retrouver. Je vois mes petits petons gigoter dans le sable, piégés tout au bout de moi, contre le sol tantôt rugueux, tantôt froid.  J’ai les yeux remplis de soleil, brillants comme un premier jour de printemps, étincelants comme la première étoile de tous les temps. J’ai les yeux comme un océan dans lequel personne ne se serait jamais encore baigné. Purs, sincères. Toute gamine encore, pas bien grande, j’allais courir sur le bitume défoncé, et chanter pour les oiseaux comme dans les dessins animés. Et puis le temps rattrape les enfants, donnent quelques rides à leurs cœurs… J’ai voulu courir, j’ai voulu rire pour contrer ce désenchantement, pour rester simplement l’enfant que j’étais.  Et puis je me retrouve dans ces gares, à l’orée du jour, à cherche le chemin. Les cheveux volants dans le vent, les joues rouges comme des cerises mûres, intriguée de tout, intriguée pour rien… Tout est si différent, quand on n’est qu’une enfant… On observe les passants, on regarde gentiment, et on attend. On attend le temps qui passe, qui un jour nous prend. On attend d’être grand... Pour aller un petit matin emprunter un chemin duquel personne ne revient. On attend simplement… Que nos étoiles d’yeux deviennent juste pupilles, comme deux billes au fond d’un bocal. On attend, sans savoir où partirons les étincelles dans nos yeux, et nos rires malicieux. Je ne suis qu’une enfant, une toute petite perle de miel, tombant de la ruche du ciel.

Je voulais tracer, seulement, sur tes joues un abîme de sourire, ne jamais grandir.

Mais le temps venu m’a confiée quelques traits de plus, et mes yeux ternis ne se rappellent plus… Un jour pourtant tu étais là, gamin comme moi, allongé sous les ombrages des ormes, des rêves dans les yeux et les yeux dans l’oubli, les joues sucrées de vie, en attendant seulement que passe le temps.

Publié dans Poésie, Divers, Nouvelles, Vie

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Seuls.

Publié le par Gabonia Maria Madeus

 

Entre deux bouquins de poussière, aux pages usées, installés sur une étagère de travers et portant les mots des autres. Entre deux gouttes de pluie, tombée en plein orage sur le bitume gris et froid. Entre deux voitures au passage piéton, devant les bandes blanches tachées par la vie urbaine. Entre deux larmes échappées, à la tristesse passagère, au petit goût salé. Dans le regard des autres. Dans le miroir. Entre deux obscurités, paisiblement installées tout près du petit jour. Entre deux fourchettes, pointées dans la même direction, posées négligemment sur une table face au soleil couchant. Entre deux rayons de soleil, donnant naissance aux arcs-en-ciel à travers l’averse. Entre deux touches d’un piano désaccordé, ostensiblement laissé libre et vagabond. Entre deux sourires, comme deux bijoux précieux et adorés, deux perles de soleil dessinées sur la peau. Entre deux brins d’herbes, en pleine nature, dans les plaines vertes et paisibles de la campagne dorée, en attendant la fin de l’été. Dans le regard des autres. Dans le miroir. Entre deux pages d’un vieux livre de légende, ayant traversé le temps jusqu’aux mains des enfants. Entre deux mélodies, douces et jolies. Entre deux chemins, au creux des arbres de la forêts en entendant au loin la rivière s’écouler lentement. Entre deux coups de pinceaux bien posés, déposant la peinture sur la toile immaculée jusqu’à présent. Entre deux mains tendues, aux petits doigts allongés, ongles rongés ou manucurés. Entre deux bouchées, au petit restaurant du coin, en attendant le pain. Entre deux regards dérobés, cachés, dissimulés, aux « pourvu que personne n’ait remarqué ». Entre deux marches, à la hauteur surprenante et déconcertante. Dans le regard des autres. Dans le miroir.

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Je veux dire à l'aurore.

Publié le par Gabonia Maria Madeus

 
 
Pour un petit brin de soleil, déposé comme un murmure sur ma peau, et l’odeur exquise de l’herbe fraîchement coupée.
Pour un petit moment de vide, perdue entre ciel et terre, quand l’orage au loin s’éteint.
Pour une seule larme de printemps, traçant son chemin.
Je veux dire à l’aurore de rester dorer un instant à l’orée du jour.
D’attendre encore.
 
Pour le goût salé des promenades en bord de mer, et la sensation du sable s’insinuant entre mes doigts de pied.
Pour l’arc-en-ciel, divaguant dans les nuages, et la lumière qui le suit et l’efface.
Pour le chant des oiseaux, naviguant entre les arbres.
Je veux dire à l’aurore de rester dorer encore à l’orée du jour.
D’attendre un instant.
 
Qu’un moment soit figé le ciel, comme l’eau qui gèle se fige.
Que l’écho de l’orage ne s’éteigne jamais sous le soleil.
Que la nuit s’enlève.
Que le temps s’arrache à nous.
 
Que l’aurore soit toujours belle, comme éternelle, cachée au coin du jour.
Pour nous offrir nos plus doux souvenirs.
Je veux lui dire de dorer encore à l’orée du jour, l’aurore, de dormir encore.

 

Publié dans Poésie, Vie, Divers

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Monologue nouveau.

Publié le par Gabonia Maria Madeus

              Cela fait quelque temps que je n’ai pas parlé en ton nom, que je n’ai pas parlé pour toi. Mais il est bien temps que je te dise un peu ce qui se passe aujourd’hui. Entre l’amour, la musique et les rêves, j’ai l’impression que tout a changé, mais je sais que tu es toujours là, cachée quelque part… Ce n’est pas compliqué de savoir que tu es là… Je sens mes propres limites, je sens que j’aurais toujours cette part de moi, qui se préserve et se protège, parce qu’elle a cruellement peur. Malgré tout ce que je reçois depuis que j’ai pris la décision de changer de direction, malgré le soutien, malgré les sourires, et les fous rires, et la putain de dose d’amour que je reçois un peu plus chaque jour… Et ces derniers jours m’ont rappelé à quel point tu étais toujours ancrée à moi, tapie dans l’ombre, attendant ton heure. Je me suis souvenue des discussions autour de ma vie, celles où l’on me faisait comprendre que je dressais entre les autres et moi de trop nombreuses barrières.

               Malgré tout, tu as toujours peur, et tu dresses toujours des murs face au reste du monde. Tu as peur qu’on te laisse, qu’on t’oublie. Et tu sais qu’on t’oublie, quelque part. Oui, quelque part, quelqu’un est déjà en train de t’oublier, et quelque part, quelqu’un t’a complètement effacée de sa mémoire. Tu as peur qu’on t’abandonne, comme si tu ne valais pas la peine d’être considérée… Alors tu continues à dresser des barrières, pour te protéger, pour éviter d’aimer trop ces personnes qui t’oublieront… L’autre jour, dans ta morosité retrouvée, tu aurais voulu n’être plus toi… Comme autrefois, comme quand tu ne savais plus qui tu étais ni ou tu allais. Et l’autre jour, tu voulais pleurer… Et alors que ces temps-ci, tu pleures de joie et de reconnaissance, l’autre jour, c’était clairement d’autres larmes qui remplissaient tes yeux bleus. Tu n’as pas pleuré. Une histoire de barrières. Mais le lendemain, tu as été chez le coiffeur, et tu as abattu un mur. Tu as regardé la coiffeuse soigneusement te retirer tes longs cheveux bruns derrière lesquels tu te cachais, effrayée mais heureuse qu’on t’enlève ce poids de tes épaules. Tu as pris un bus, et tu as été acheter un pantalon, mais pas de ceux qui sont trop grands, comme ceux que tu achètes d’ordinaires, non, celui-là est presque moulant. Tu réfléchis, et tu te dis que c’est encore une barrière de moins… Et peu importe si cela dure… Parce que tu essayes. La peur est là, elle t’assaille, et tu te sens nue et vulnérable, mais en réalité, tu es forte, parce que tu essayes. Tu t’étais enfermée, barricadée, mais c’est comme si tu avais juste réussi à sortir ta tête hors de cette prison imaginaire, comme si tu sortais ta tête hors de l’eau. Tu t’offres au monde, et tu dis « prenez-moi », mais en réalité, c’est « aimez-moi » qui résonne. Tu sais que tu n’auras peut-être aucune réponse, et que la vie décidera peut-être de te laisser là… Mais tu essayes. Tu repenses à ces gens qui sont tout autour de toi, et tu te dis qu’ils t’aiment. Tu revois leurs mains se dresser en forme de cœurs, leurs sourires, leurs étreintes… Et tu te dis, maussade, que tu espères qu’ils ne t’oublieront pas. Et puis tu penses à toutes ces choses que tu n’as pas le pouvoir de changer. Celles qui t’ont causées quelques peines ces derniers temps. Parce que tu n’y connais rien à ces choses-là. L’amour, la loyauté, l’amitié… Tu es un peu paumée, et tu te dis qu’on aurait bien raison de te laisser là. Mais tu penses à ces choses que tu ne maîtrise pas, que tu ne comprends même pas… Tu ne peux pas les changer, mais, en revanche, tu as su changer des petites choses, minuscules certes, mais des petites choses qui étaient à ta portée. Tu te dis que face aux immenses montagnes, faisant obstacle à tes aspirations, si tu ne peux pas escalader, tu peux au moins contourner. Ca prendra du temps, et ce sera fatiguant… Mais tu arriveras où tu veux aller.

            Et puis, dans un sourire, tu te dis qu’au moins, tu auras appris la fierté.

Publié dans Vie, Divers

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Deux âmes.

Publié le par Gabonia Maria Madeus

             La rumeur s’est propagée ces derniers mois. Les gens murmurent que la fin du monde arrivera le mois prochain. Et tandis que je regarde, de mon appartement, les lumières de la ville bercer le temps, je songe à ces derniers instants de vie. Il se dit en ville que tout sera soudain, brutal, comme un coup de poing reçu en pleine figure. Je ne sais pas d’où cela vient, mais si jamais il n’y avait pas de lendemain, si jamais la terre ne tourne plus dans quelques jours, alors je veux être prête.

               Alors j’ai pensé à toi. Comme il serait doux de finir la vie entre tes bras. Je n’ai jamais su si je t’intéressais vraiment, mais je n’ai jamais arrêté d’y penser. Tes regards curieux, tes sourires… Et la manière dont tu posais tes mains sur mes épaules. Je ne crois pas que tu avais pleinement conscience du bien que cela me faisait… Mais tu étais suffisamment grand et adulte pour que ta présence me soit rassurante. Ton éternelle inquiétude, qui faisait écho à la mienne. Je n’arrivais jamais à savoir si c’était un jeu tacite auquel nous nous prêtions, ou si c’était seulement pour toi le témoignage d’une amitié platonique…

               Quelques semaines sont passées, et déjà, la science nous a rattrapés. Les prochains jours seront les derniers. Et tandis que chaque être humain se morfond, adresse à sa famille ses aux revoirs tragiques, je marche dans la forêt, seule. Je goûte une dernière fois à la solitude et à l’air frais, aux rayons du soleil sur ma peau, au vent qui boucle mes cheveux. J’entends mes pas sur le sol, le crissement des graviers, le frottement de mes jambes l’une contre l’autre, le grincement des branches, et le murmure du vent dans les feuilles des arbres. Je dis au revoir à la vie, au revoir à la nature, et observe le ciel bleu qui déteint.

               Et je pense à toi. A toutes ces choses que j’aurais voulu vivre, ou dire, même tout bas. Je repense à tes mains dans mes cheveux, tes bras autour de mes épaules, et je me dis que ça ne pouvait pas être rien. Je pense à toi, à ta façon d’être. Je ne sais pas si tu as le temps de penser à moi, dans tout ce flot de panique et cette ambiance d’époque révolue… Je ne sais pas si tu as jamais eu le temps de penser à moi… Mais je ne sais pas si tu avais bien le temps de penser à toi non plus. Et je m’imagine, dans un monde où j’aurais osé t’aborder, blottie contre toi en attendant la fin de l’humanité. Je pense à la douceur de ces instants imaginaires, en plein milieu d’une fin des temps. Je m’imagine comme il serait bon d’être contre toi, même sans s’aimer profondément, même sans se parler vraiment… Juste être tous les deux, dans le noir, l’un contre l’autre, sans penser au reste. Tout serait si doux.

               Et quand l’obscurité aura complètement envahi notre monde, nous serons deux pour y résister. Et quand nous n’entendrons plus que le son de nos cœurs en rythme, nous saurons que c’est à nous d’imaginer tout le reste… Et de nous fondre dans le noir, comme deux âmes qui s’étreignent, enfin... Deux âmes qui s’éteignent, au loin.

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